Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a annoncé, ce mercredi, que l’exploitation du gaz de schiste sera confiée à des compagnies américaines. Cela constitue une réelle volte-face par rapport au géant français Total. À quoi est dû ce revirement ?

Le Premier ministre a annoncé, ce mercredi, en marge de son intervention lors de l’inauguration de l’université du FCE, que le marché de l'exploitation du gaz de schiste sera confié aux Américains et ce, dès 2022.

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Cette décision constitue un revirement total par rapport au géant français Total qui était initialement choisi pour mener à bien les opérations d’exploitation à d’Ahnet, à proximité d’In Salah. Pourquoi donc ce changement de fusil d'épaule ?

La diplomatie française a pesé de tout son poids pour soutenir le développement des gaz de schiste algérien afin, évidemment, d’imposer les firmes françaises. Ces dernières avaient d’ailleurs, procédé à plusieurs opérations d’expérimentation, faisant du Sud algérien un champs d'expérimentation.

Ainsi et malgré les réserves émises à l’international concernant les effets dévastateurs sur l’environnement découlant de l’exploitation du gaz de schiste, le gouvernement de François Hollande avait réussi à convaincre le régime algérien d’investir dans les gaz non conventionnels. Chose qu’il n’a pas réussi à imposer en France. Cependant, un mouvement citoyen est venu compromettre le projet à partir  de 2015, contraignant le gouvernement d’Abdelmalek Sellal à annoncer la suspension des forages.

La situation économique du pays s’est largement détériorée ces deux dernières années. L’exploitation des gaz non conventionnels est donc devenue une nécessité pour un gouvernement en quête de ressources en devises. Mais la question qui se pose d’elle-même, c’est pourquoi ne pas avoir réenclenché le partenariat avec Total qui avait déjà établi une solide base de données lui permettant de répondre les travaux immédiatement ? Il faut croire que les nouvelles orientations politiques du président Emannuel Macron en sont pour quelque chose.

L’Algérie n’est plus un partenaire privilégié pour la France et les signaux diplomatiques le prouvant sont nombreux. L’Algérie ne figure toujours pas dans l’agenda international des hauts responsables français qui ont déjà parcouru le Maghreb et plusieurs pays d’Europe.

Devant ce changement de l'approche française vis-à-vis du régime algérien, celui-ci se retrouve dans l’obligation de chercher de nouvelles alliances. Des prises de contacts avec les Américains ont été opérées depuis quelque temps. Les propos tenus par l’ambassadeur américain à Alger, John Desrocher, le 10 octobre dernier, sont là pour le prouver. Lors d’une visite effectuée à la Chambre de commerce et d’industrie de l’Oranie (CCIO), M. Desrocher, conscient du désengagement français et de la fragilité du régime algérien qui en découle, a fait savoir que son pays était disposé à discuter d’un partenariat concernant l’exploitation du gaz de schiste.

Le gouvernement algérien a saisi la perche et s'empresse donc, de donner, à travers le dossier du gaz de schiste, des gages aux Américains en contrepartie d'un soutien franc en perspectives des présidentielles de 2019.

M. M.