Laurence Trastour-Isnart

Des députés français ont récemment déposé une proposition de loi portant sur la reconnaissance par la République française du «massacre de la population française survenu le 5 juillet 1962 à Oran». Si elle vient à être adoptée, la loi en question constituera une accusation franche et directe à l’encontre des autorités algériennes de l’époque, rouvrant ainsi l’épineux dossier de la mémoire.

Huit députés français ont déposé, en date du 27 septembre, une proposition de loi visant à faire reconnaître par l’État français un massacre qui aurait touché un nombre indéfini de citoyens français, évalué entre «quelques centaines à quelques milliers» de personnes, ayant fait l’objet d’un massacre le 5 juillet 1962 sur la Place d’Armes (actuellement la Place du 1er Novembre) dans la ville d’Oran.

Le texte de ce projet de loi comporte un article unique stipulant que «la République française reconnaît le massacre de la population française survenu le 5 juillet 1962 à Oran».

«Le 5 juillet 1962 restera la date d’une tragédie pour les Français installés en Algérie lorsqu’elle était française», peut-on lire dans le texte du projet qui n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que la France a reconnu, par la voie du président Hollande en 2012, sa responsabilité dans la tuerie d’Algériens à Paris en octobre 1961. Pour les rédacteurs, cette reconnaissance «semble être une pierre de plus dans cette volonté d’ignorer celles et ceux qui ont payé de leur vie le fait d’être français durant cette période» (la période qui a suivi le cessez-le-feu du 19 mars 1962 -NDLR).

Ce projet de loi adresse également un message aux autorités algériennes et surtout à ceux qui appellent à la criminalisation du colonialisme. Les allusions sont claires et sans équivoques: «À compter de cette date (19 mars 1962 -NDLR), massacres de harkis abandonnés par la France, enlèvements d’hommes et de femmes et même d’enfants, contraints de traverser des quartiers musulmans pour se rendre à leur travail, se multiplient faute de patrouilles militaires. Dès lors, la population civile française terrorisée comprend la fragilité de son statut défini par les accords d’Évian, son manque de protection, dont la seule issue est l’exode massif en métropole». En clair, les députés français veulent faire entendre que même du coté algérien, des exactions ont été commises. C’est là un véritable casse-tête qui attend le président français Emmanuel Macron, du fait de son engagement, durant sa campagne électorale, à criminaliser le colonialisme.

Actuellement entre les mains de la commission de la défense nationale et des forces armées, cette proposition de loi a été présentée par Laurence Trastour-Isnart, députée des Républicains. L’intéressée est considérée comme une proche du très controversé Christian Estrosi qui porte une haine sans pareille pour tout ce qui a trait à l’Algérie tout en nourrissant une forte nostalgie pour l’Algérie-française. Mme Trastour-Isnart a d’ailleurs été élue en 2015, conseillère régionale de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, sur la liste de M. Estrosi.

Massi M.

 

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