La parité entre l’homme et la femme est indéniablement l’une des quêtes démocratiques les plus nobles. En parallèle et dans certains cercles religieux, elle est perçue, comme un outrage à l’islam. La question de l’égalité dans le partage de l’héritage demeure une controverse. Pourtant, ce principe d’égalité est en passe d’être consacré par une loi en Tunisie. Une hérésie pense Al Azhar qui menace de déclarer la Tunisie pays non-musulman.    

La parité homme – femme dans le partage de l’héritage est en passe d’être consacrée par une loi en Tunisie. Ça représente certainement une avancée démocratique indéniable dans un pays qui a déjà franchi plusieurs pas dans le domaine des libertés individuelles.

À cet effet, une commission des libertés individuelles et de l’égalité a été créée en août dernier. Cette dernière a été chargée de préparer les contours de la réforme du Code du Statut Personnel (CSP). Un rapport devra être soumis au plus tard dans un mois au président tunisien. Le texte comprenant 25 propositions vise à renforcer les libertés individuelles et à instaurer l’égalité entre l’homme et la femme notamment en matière d’héritage.

La chose ne plaît guère à certains cercles rigoristes d’Al Azhar.  À en croire les propos de Mohamed Chahat Al Joundi, l’un des imams les plus virulents de cette institution religieuse qui se trouve en Égypte, la Tunisie ne cesse de violer les préceptes de l’Islam. La parité entre les hommes et les femmes dans la question de l’héritage, le mariage des musulmanes avec des non-musulmans, l’annulation de la dot de mariage et la possibilité de l’attribution du nom de famille de la mère à l’enfant relèvent quasiment de la mécréance.

Pour contrecarrer l’adoption de cette loi qui menace la domination de la chose religieuse dans la vie sociale, Al Azhar a eu recours à ses veilles méthodes. Il s’agit bien sûr de manipulation sur le terrain consistant notamment à retourner la population contre le gouvernement. À cet effet, le « clerc » égyptien a appelé les Tunisiens à faire barrage à cette loi la qualifiant de contraire aux enseignements de l’islam. Dans son entreprise de déformation des vérités, l’institution religieuse est allée jusqu’à qualifier le projet en cours d’élaboration d’« humiliation pour la femme tunisienne ».

Il faut croire que l’intervention du clerc égyptien est également motivée par une volonté de domination et de leadership. L’institution veut s’imposer en Afrique du Nord profitant de la guerre menée par le prince héritier Mohamed Ben Salman contre le wahhabisme en Arabie. À cet effet, Al Joundi a appelé les autorités tunisiennes à se référer, à l’avenir, à elle avant d’élaborer des lois régissant la famille et la société. Pour lui, la Tunisie est en train de sortir du cercle de l’islam. Pour toucher un exemple, ce dernier est revenu sur l’annulation de la dot de mariage par les autorités tunisiennes qualifiant la mesure de nuisible à cette institution du mariage.

Ce qui attire l’attention plus qu’autre chose dans cette histoire, c’est l’attachement des cercles religieux à tout ce qui consacre et maintien le système patriarcal. À l’instant même où il est remis en cause, les hordes rigoristes bondissent en usant d’un langage agressif. Il faut croire que leur emprise sur les sociétés musulmanes dépend de la survie de ce système récalcitrant à la modernité. Le pseudo cheikh a même menacé de déclarer infidèles les Tunisiens. Comme si les imams d’Al Azhar étaient les gardiens du temple de l’islam.

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