Par Yazid Taleb

Alors que la grève du secteur de l’éducation entre dans sa deuxième journée, la fermeté du gouvernement sur la question des augmentations de salaires est mise à l’épreuve. Depuis le début de l’année , différents mouvements sociaux se sont succédés avec des motivations diverses . Avec l’entrée en scène des « intersyndicales »de la fonction publique et de l’éducation dont les revendications officielles portent sur la retraite, le code du travail et les salaires , on se rapproche de plus en plus clairement d’un dénominateur commun qui est la baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires au cours des dernières années.

Une importante érosion du pouvoir d’achat depuis 2012
La vague d’augmentation de salaires accompagnées de rappels importants en faveur des fonctionnaires algériens intervenus en 2011 et 2012 avait largement contribué à anesthésier les revendications sociales dans la fonction publique jusqu’à une date récente. Au fil des années, la diminution du pouvoir d’achat est cependant devenue une réalité ressentie de plus en plus concrètement par de nombreuses catégories d’agents de l’Etat ; même si elle n’est pas particulièrement facile à mesurer avec précision.
Il n’ya pas beaucoup de doutes sur le fait que la hausse des prix a largement amputé le pouvoir d’achat des fonctionnaires depuis environ 5 ans. On peut estimer raisonnablement que l’inflation cumulée au cours de cette période se situe au minimum dans une fourchette de 25 à 30 % .

Vers un remake de 2011 ?
Face au niveau déjà atteint par la masse salariale de la Fonction publique et aux nouveaux engagements pris par les pouvoirs publics, la difficulté la plus importante vient désormais de ce que la situation des finances de l’Etat algérien n’est plus du tout ce qu’elle était voici encore quelques années et les marges de manœuvres dont il disposait dans ce domaine ont disparues presque complètement.
Le maintien de la paix sociale n’a cependant pas de prix, particulièrement dans cette période où le gouvernement doit aussi préparer les prochaines échéances politiques. Le transfert d’une partie des dépenses prévues par l’Etat en 2018 au profit des augmentations de salaires des fonctionnaires est un arbitrage toujours possible. Même s’il risque de pénaliser à fois la croissance, les investissements ainsi que le rétablissement, qui s’annonce déjà très compliqué, de l’équilibre des comptes extérieurs.
Ce scénario, qui s’inscrirait dans une sorte de remake de la période post printemps arabe de 2011-2012, est pour l’instant peu probable en l’absence d’une amplification significative de la grogne sociale
Successivement, les députés puis les sénateurs de la majorité parlementaire ont invité le gouvernement à faire preuve de fermeté Ahmed Ouyahia a déjà indiqué explicitement qu’il avait désapprouvé en son temps les largesses financières de l’Etat algérien. Il s’est encore exprimé sans grande ambiguité sur cette question au cours du week end dernier en traitant les enseignants de « pirates » et en invitant les grévistes du secteur public à mettre fin à l’ « anarchie .Mais ainsi qu’on la vu récemment sur la question des privatisations , un coup de théâtre orchestré au plus haut de l’Etat n’est toujours pas à exclure.

Y. T.

Chronique/Le gouvernement face à la grogne des fonctionnaires.
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