Le Tribunal de Ain-Temouchent a classé l'affaire

En plus du traumatisme indélébile, Karima M, se trouve coincée dans un no man’s land judiciaire. Âgée aujourd’hui de 27 ans la citoyenne française, n’a jamais pu obtenir justice. Quand elle était petite, ses parents l’ont emmenée en vacance en Algérie. Mineure, elle a été violée à plusieurs reprises par un de ses cousins. Incapable d’agir, la justice française a transféré le dossier de son affaire en Algérie. Arrivée dans les mains d’un juge d’instruction, le dossier a, tout simplement, été classé sans même un début d’enquête.

Totalement désemparée, la pauvre a décidé de se rapprocher des médias pour se faire entendre. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé d’obtenir justice par le biais des tribunaux. En 2015, la jeune femme sort de son mutisme. Elle souffre en cachette depuis trop longtemps et le traumatisme subi la ronge depuis beaucoup trop longtemps.

En France, Karima a fait l’objet d’une expertise. La justice française l’a interrogée à maintes reprises afin de constituer un dossier de plainte. La procédure judiciaire qu’a suivi cette affaire est assez différente de ce qui se fait habituellement. La victime a été violée hors du territoire français, ce qui fait que les tribunaux français ne sont pas habilités à agir. Le Procureur de la République français a donc fini par transférer le dossier vers l’Algérie. L’affaire doit être traitée par un juge algérien. C’est la loi.

Dans sa quête de justice, la jeune femme s’est très vite heurtée à l’ « immobilisme de la justice algérienne ». L’incompréhension a vite fait place à la désillusion. L’équipe judiciaire ayant pris le dossier en main n’a guère mené d’enquête. La jeune femme dit qu’elle n’a pas été convoquée ni interrogée. Le juge d’instruction auprès le tribunal d’Aïn Témouchent que nous désignerons sous le pseudonyme A. K. a classé sans suite sa plainte sans même le notifier à la plaignante.

Après une intervention, une audition a eu lieu en décembre 2017. Aucune suite n’a été donnée et l’affaire demeure toujours classée. La plaignante a appris par son avocat que le magistrat se serait même permis de lancer un commentaire blessant: « C’est la faute de sa mère, elle aurait dû mieux la surveiller. Il est trop tard maintenant, cela fait des années que cela s’est passé ». Pour le juge, ce qui lui est arrivé n’est qu’une simple affaire d’attouchements!

En fouinant un peu, Karima a appris que son cousin c’est-à-dire celui qui l’a violé est bien appuyé. L’un de ses proches est un fonctionnaire travaillant dans le secteur de la justice. La victime nourrit des soupçons à son égard. Selon elle, il aurait joué un rôle en contribuant à classer l’affaire. « Je n’ai pas eu le sentiment d’être traitée comme une victime, ce qui me fait énormément de peine », a-t-elle déploré avec dépit.

La jeune femme a tout tenté. Ayant la double nationalité, cette dernière a sollicité l’aide de l’ambassade d’Algérie en France. À son grand désarroi, elle a constaté un désengagement total de sa part. « Ceux-ci ne sont guère intéressés par mon affaire, et ne daignent jamais me répondre malgré les courriers et relances de ma part ». « Je suis traitée comme une moins que rien par les salariés de cette administration qui est censée représenter l’Algérie tout de même. Les procédures et lois en vigueur en Algérie me sont totalement inconnues. Ne parlant pas l’arabe, il m’est très difficile de me faire comprendre dans cette procédure, et cela aurait largement justifié l’aide dont j’ai besoin en ce moment».

Vivant en France, cette dernière a fourni ses coordonnées aux autorités algériennes. Que ce soit pour une convocation ou pour une notification des décisions de justice, la jeune femme a assuré qu’elle n’a jamais reçu d’appel.

Karima se voit aujourd’hui comme une double victime : Celle de viol et celle d’un système judiciaire inopérant.

L’histoire d’un drame humain / Victime de viols, Karima dénonce l’indifférence de la justice Algérienne
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