Plusieurs personnalités venues de divers horizons ont signé une lettre ouverte à travers laquelle ils appellent le président Abdelaziz Bouteflika à ne pas se présenter pour sa propre succession et faire taire les voix qui appellent à un cinquième mandat jugé préjudiciable pour le pays. les signataires s'adressent au chef de l'Etat et à l'homme l'exhortant d'entendre la voix de la raison. 

Les signataires sont des figures de la scène politique, des militants et militantes, des universitaires ainsi que des figures du monde des lettres. On y retrouve notamment, Zoubida Assoul, Présidente de l’UCP Abdelghani Badi, Avocat, Militant des droits de l’Homme Fatiha Benabbou, Universitaire, Constitutionnaliste Ahmed Benbitour, ancien Chef du gouvernement Ali Benouari, Président de Nida El Watan Saad Bouokba, Éditorialiste, Amira Bouraoui, Médecin, Société Civile Salah Dabouz, Avocat, Militant des droits de l’Homme Nacer Djabi, Universitaire, Sociologue Soufiane Djilali, Président de Jil Jadid Yasmina Khadra, Écrivain Farid Mokhtari, Militant Politique Zoheir Rouis, Président de Forum Démocratique et Azzedine Zaalani, Militant de la Communauté Algérienne à l’étranger.

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Texte intégral :

 

Lettre ouverte au Président de la République,

M. Abdelaziz Bouteflika

Monsieur le Président, c’est après une longue et mûre réflexion, que nous, signataires, nous nous adressons à vous à travers cette lettre ouverte.

Si nous avons recours à la méthode épistolaire, c’est qu’à l’évidence, votre santé ne vous permet plus de recevoir des citoyens algériens. N’étant tenus par aucune obligation de réserve, nous serions susceptibles de révéler des réalités que beaucoup de personnes tiennent à occulter.

Cependant vous êtes, au moins sur le principe, responsable de votre fonction politique et par conséquent, de la situation du pays. De ce fait, il est de notre droit, en tant que citoyens engagés, de vous interpeller dans l’intérêt de la nation.

Les résultats de la politique qui a été menée sous votre parrainage sont, à tout le moins, loin de répondre aux attentes légitimes des Algériens.

Votre long règne sur le pays a fini par créer un régime politique qui ne peut répondre aux normes modernes de l’État de droit.

Cependant, cette adresse ne porte en elle ni offense ni bilan à vous opposer.

Au moment où des forces malsaines se mettent en branle pour vous indiquer le chemin du cinquième mandat, nous voulons, respectueusement, mais franchement, venir vous dire l’erreur dramatique si vous deviez, encore une fois, refuser la voix de la sagesse qui interpelle chaque âme à l’heure des choix fatidiques. Et comme vous le savez, choisir c’est renoncer.

Très jeune, le destin vous avait projeté sur l’arène politique que vous n’avez plus quitté à ce jour, si ce n’est durant un court intermède.

Vous avez accompli, dans ce pays, ce que vous pensiez être le plus indiqué, en fonction de vos convictions. Vos choix politiques, votre vision et votre conduite auront profondément marqué l’Algérie. L’histoire jugera de leur justesse ou non, de leur opportunité et de leurs conséquences.

En retour, l’Algérie vous aura fait l’honneur de vous offrir le sacre et d’accepter, sans broncher, vos politiques durant près de vingt années.

Mais, dans la vie, tout a une fin. Le moment est donc venu de rendre à la nation ce qui lui appartient.

Quatre mandats sont raisonnablement suffisants pour qu’un homme accomplisse son œuvre et satisfasse ses ambitions. Votre âge avancé et votre dramatique état de santé, vous commandent de ne plus vous occuper des charges de l’Etat bien trop lourdes. À n’en pas douter, un autre mandat serait un calvaire pour vous et pour le pays.

C’est donc en toute conscience que, signataires de cette lettre, nous vous interpellons en faveur de la seule et unique décision qui puisse ouvrir une ère nouvelle pour le pays, où l’intérêt général sera mis au-dessus de l’intérêt des hommes : votre renoncement au cinquième mandat!

Monsieur le Président,

Démontrez aux Algériens que l’Algérie est plus importante à vos yeux que l’ambition de l’homme, refusez de suivre la déraison, les peurs et les instincts égoïstes de ceux qui vous entourent. Ouvrez la voie à un changement pacifique, permettez au peuple de s’affranchir de ce système dévoyé… Soyez l’homme qui clôture la légitimité révolutionnaire en permettant au pays de s’engager sur la voie de la légitimité populaire. Le pays attend de vous cette décision.

C’est à cette seule condition que l’Algérie renouera avec l’espoir, s’éloignera des tensions fratricides et des dérives intolérables. Elle s’engagera alors dans une transition pour construire des institutions légitimes et solides. C’est le préalable pour ériger l’État de droit et la démocratie, seul objectif à même d’assurer la paix et la prospérité pour les générations à venir.

                                                                                                     Alger le 26.05.2018