L’UGTA et le FCE ont rejoint l’initiative de Djamel Ould Abbès de construire un bloc monolithique afin d’imposer Bouteflika et le présenter comme garant de la continuité. De quelle continuité s’agit-il ?

Pour l’UGTA et le FCE il n’est plus question d’appeler le président Bouteflika à un cinquième mandat, tant la chose se présente, de plus en plus, comme une évidence. « Pour nous, il est président, il continue sa mission de président, ni plus ni moins », a déclaré le patron de la centrale syndicale, Abdelmadjid Sidi Saïd,  lors de la signature d’une motion pour soutenir la construction d’un front populaire sous la houlette du FLN d’Ould Abbès.

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Six autres organisations patronales ont rejoint jeudi 1er novembre l’initiative du FLN. En plus de l’UGTA, du FCE et de ces organisations patronales, une quinzaine de partis politiques ainsi que des associations font partie de ce fameux "Front populaire", dont la vocation initiale a été détournée.

Le Front populaire fomenté par Ould Abbès répondrait, selon ses propres mots, à "l’appel lancé par le président de la République" le 20 aout dernier, dans un cadre très particulier. Dans la lettre adressée à la nation, la présidence de la République avait appelé les Algériens pour se constituer en front afin de faire face à une idéologie religieuse importée. Une idéologie violente, obscurantiste et rétrograde qui s’est matérialisée à travers une publication du cheikh Ali Ferkous ayant à ce moment-là excommunié des pans de la société algérienne.

Il est évident que ce n’est pas le FLN qui peut venir à bout de ce discours intégriste. La chose relève plutôt de l’école, du législateur et de la justice. Pourtant, le FLN s’en est saisi pour lancer son projet de cinquième mandat. D’ailleurs, l’ex-parti unique et son patron se sont distingués par leur acharnement à faire du cinquième mandat un fait accompli ! Avec un peu de recul, on a l’impression qu’il en va de la survie du parti, ou tout du moins de ses dirigeants actuels.

On se pose, dès lors, la question de savoir pourquoi ce beau monde exhorte avec insistance, une personne très diminuée, malade et qui ne s’est pas adressé à son peuple depuis des années à briguer un énième mandat ?

Une des réponses qui peuvent être apportées est celle de la fin du modèle dit, de l’homme providentiel, le zaïm, le raïs. Tout ce beau monde sait pertinemment que la fin de l’ère Bouteflika signifie également la leur. Ces partis politiques, ces organisations patronales, ces associations de pacotilles ont été privilégiées à outrance et elles ont peur de perdre ces privilèges !

Le comportement des acteurs dans les hautes sphères du pouvoir et celui de la clientèle du régime renseigne sur l’incertitude qui y prévaut, dans la mesure où leur subsistance n’est plus garantie avec le départ ou la disparition de Bouteflika.

Il est donc probable que tous les événements qui se sont succédé après la découverte de 701 kg de cocaïne au port d’Oran à bord d’un bateau transportant une marchandise du controversé Kamel Chikhi sont intimement liés à la question de la succession. On peut donc croire et ça reste une supposition, que le cocaïne-gate est tombé à point nommé, car il est aussi probable que tout ce beau monde en haut de la pyramide a ficelé de solides dossiers afin de contraindre la partie adverse à déposer les armes. La retentissante affaire de la cocaïne et les trois autres qui lui sont assorties ont donc redistribué les cartes.

Inas Aoulach