Le peuple algérien a étalé tout son génie. Les ego démesurés et l’attitude indécente de ses dirigeants ont été renvoyés hier vendredi, à leur dimension réelle, c’est-à-dire, des nains.

Des foules se comptant par dizaines de milliers, voir plus, se sont auto-organisées pour envahir les rues de toutes les wilayas du pays. Cela nous revoit directement à ce cinquième mandat dévastateur, ou encore, aux propos méprisants et réducteurs d’Ahmed Ouyahia et d’Abdelmalek Sellal. Que vont-ils dire maintenant ?

La journée du vendredi 22 février 2019 est une journée historique pour le peuple algérien. Le régime a parié sur le fait que la décennie de terrorismes, les décennies de répression, de pressions psychologiques, d’écrasement de la rue, des compétences et de la volonté populaire, finiront par assujettir le peuple. Les Algériens ont démontré qu’ils sont là, ils existent et qu’ils ont leur mot à dire.

La protestation est innée chez les Algériens. Le peuple l’a refoulé, mais le pourrissement actuel et l’arrogance du pouvoir l’ont fait émerger des profondeurs de son inconscient collectif, pour apparaitre à la surface. Lors de cette marche nationale historique, on a eu l’occasion d’interroger des manifestants, dont un homme d’un certain âge pour lui poser la question de savoir s’il est vraiment content de la candidature de Bouteflika, comme le prétend Ahmed Ouyahia. L’homme nous fixe durant deux secondes avant de rétorquer « on ne peut d’être content de sa propre humiliation ni celle de sa famille et de ses enfants ni encore mois de celle de son peuple ».

C’est donc contre cette humiliation que des millions d’Algériens ont manifesté hier à Alger comme dans toutes les wilayas du pays. Les slogans étaient très clairs : « bouteflika ya el maroki makache aaohda khamssa », autrement dit, Bouteflika le marocain tu n’aura pas un cinquième mandat. Des slogans ont également été scandés contre le frère du président, Saïd et le Premier ministre Ahmed Ouyahia qu’on a qualifié de « mafia » et de « voleurs ». On a également dénoncé la « Chita », la vénération du cadre du président. Des barres de Chachir ont été brandies pour le symboliser.

À Alger, les manifestants venus de divers horizons ont donné une leçon de démocratie, de civisme et de sens politique aiguisé non seulement à leur gouvernants, mais au monde entier. Nous avons interrogé des jeunes d’à peine 17 ou 18 ans sur les propos du premier ministre, qui disait que l’ « État est capable de contrôler la rue ». À ce commentaire tout à fait déplacé, ils ont réagi en disant qu’ils sont « sortis pour marcher pacifiquement » et que « Ouyahia devrait plutôt contrôler et surveiller ceux qui continuent de piller le pays ».

Nous avons également fait la rencontre d’un quadragénaire dans les rues de la capitale hier. La séquence où il apparait a été immortalisée dans le Live que nous avons pu diffuser avant qu’Internet n’ait été coupé. Le monsieur en question suppliait les gens de l’écouter. Il tremblait tellement il était submergé par l’émotion. « Je suis désespéré. J’en peux plus, je suis malade et je ne peux plus me soigner. Il n’y a plus d’hôpitaux. Il n’y a plus de président et il ne reste plus rien dans ce pays! », criait-il.

Le vendredi 22 février 2019 était une fête démocratique partout sur le territoire national. La manifestation la plus impressionnante est peut-être celle d’Annaba. Les images diffusées sont vraiment impressionnantes. On évoque même des centaines de milliers de personnes descendues battre le pavé non pour protester contre les pratiques d’un régime, mais contre le système qui lui sert de matrice.

À Tizi-Ouzou, on a cloué le bec aux gens qui, à l’image de Naïma Salhi, ont remis en cause le nationalisme d’une région qui a pourtant enfanté tant de révolutionnaires de très gros calibre. À Tizi-Ouzou comme à Béjaïa, la foule a construit un barrage symbolique. La première ligne de protestataires portait des drapeaux algériens, comme pour dire que l’Algérie est une ligne rouge.

On a pu constater les mêmes images à l’Est, à l’Ouest, au Nord, au Sud et dans toutes les wilayas. On aurait dit que ces manifestations étaient organisées par des partis ou des organisations chevronnées, mais il n’en était rien. À Alger, ou nous avons pu prendre part à cette marche, on a veillé à ce que tout soit parfait. Pas de débordement, pas de violence et on a même veillé à ce que les rues soient nettoyées après cette marche et c’est les manifestants qui s’en sont occupés bien sûr.

Cette journée du 22 février restera dans les annales comme celle où le peuple a pris conscience de sa puissance. Tout compte fait, il n’y a qu’un seul héros : le peuple !

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