Hier à minuit, aucun candidat à la candidature ne s’est présenté au Conseil constitutionnel pour déposer son dossier. Pourtant, ils étaient 77 candidats potentiels à avoir déposé leurs lettres d’intention. La majorité d’entre eux sont des illustres inconnus, exception faite de trois patrons de partis : Belkacem Sahli de l’Alliance nationale républicaine, Abdelaziz Belaid du Front El-Moustakbel et Tayeb Yenoune du Front pour le Développement, la liberté et l’équité. Tout le monde a fini par se retirer, faisant de l’élection à laquelle s’accrochaient le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, le chef d’État Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noreddine Bedoui, un véritable fiasco !  Cette situation provoquera-t-elle le départ de tous les acteurs influents et les serviteurs dévoués du régime dans tous les rouages de l’Etat, dans les partis politiques et dans l’administration, ou se contentera-t-on de la chute de Bensalah et Bedoui ?

Nous sommes dans une situation inédite. Une élection sans candidats ni électeurs ! Le chef de l’État et le Premier ministre désavoués et contestés pour leur appartenance à un système corrompu. Le patron de l’armée est lui aussi contesté pour ses immixtions en politique et son entêtement à imposer une solution constitutionnelle se résumant en l’application d’un seul article de la loi fondamental, à savoir l’article 102 !

Le régime fait, aujourd’hui, face à ses propres contradictions. L’instinct de survie des dernières figures visibles du régime de Bouteflika s’est manifesté par une situation de conflit où le peuple et le pouvoir avec toutes ses composantes se retrouvent dos à dos avec le peuple. La feuille de route déclinée par les tenants du pouvoir réel, traduite par l’organisation d’une élection présidentielle le 4 juillet prochain, a été rejetée par la rue. Cela a produit une situation qui n’est pas prévue par la Constitution !

Malgré ça, le conseil Constitutionnel devra constater l’absence de candidats à cette élection et par conséquent, l’impossibilité de tenir le scrutin à la date prévue.

Le report devient alors inéluctable et avec lui émergent de multiples interrogations, comme celles de savoir quand le prochain scrutin aura-t-il lieu. Les forces actives du Hirak auront-elles le temps de s’organiser pour désigner ou élire des représentants et dégager des propositions ? L’armée acceptera-t-elle de négocier ? Quel rôle jouera l’opposition, y aura-t-il une réelle transition démocratique et surtout qui chapeautera les opérations ? D’autant plus que le maintien des deux « B » restant, ne fera qu’aggraver la crise née de l’entêtement des tenants du pouvoir du pouvoir réel.

Yatnahaw Ga3 ?

Ce slogan sera certainement inscrit avec des lettres en or dans l’histoire de la révolution du 22 février. Il ne se rend, sans doute, pas compte, mais l’auteur de cette revendication spontanée devenue le slogan phare de cette révolution citoyenne marquera certainement l’histoire du pays.

Son auteur s’appelle Sofiane Bakir Turki, il est âgé de 33 ans et il s’était rendu compte, très tôt, que le départ d’Abdelaziz Bouteflika n’est pas le but principal du soulèvement populaire. Yatnahaw Ga3 c’est le départ de tous ceux qui ont profité, contribué, participé, renforcé et protégé l’ex-président durant ses 20 années de règne, faute de quoi, toute tentative de transition vers un modèle démocratique risque d’être torpillée par ces individus quand on parle de contre révolution, c’est de ceux-là qu’il s’agit.

Abdelkader Bensalah et Noreddine Bedoui en font partie et en sont aujourd’hui, l’incarnation même. Le blocage politique actuel est dû, en grande partie, à leur maintien.

Dans ses discours récents, le patron de l’armée, Ahmed Gaïd Salah a insisté sur le respect des institutions de l’État à la tête desquels ces deux « B ». La non-tenue du scrutin du 4 juillet est un échec cuisant qui compromet le maintien de ces deux personnages à la tête des institutions les plus importantes, à moins qu’un énième coup de force ne soit opéré.   

La chute des deux « B » emportera avec elle le gouvernement Bedoui et privera, par la même, le patron de l’armée de sa casquette de vice-ministre de la Défense un poste civil qui lui permet de s’adresser aux citoyens algériens en respectant, un tant soit peu, les formes.

En tout cas, il faut insister sur le maintien de toutes les institutions de l’État, mais en même temps insister sur le départ de tous ceux qui peuvent les instrumentaliser pour reproduire le même régime.