Au moment où tous ceux qui s’apprêtent à dialoguer avec le pouvoir réclament quelques mesures d’apaisement se traduisant par la libération des détenus du Hirak, l’ouverture des champs politique et médiatique, la neutralité de la justice et la levée des restrictions sur les manifestants (des rudiments de la démocratie), le pouvoir exige un dialogue exclusivement axé sur les élections présidentielles dans le cadre d’un processus dit, de « rénovation institutionnelle et politique ». Les Algériens ont-ils formulé le souhait d’une simple rénovation des vitrines du régime ?

Dans un entretien accordé à l’APS, le secrétaire général de la Présidence de la République, Noureddine Ayadi, a expliqué que « la prochaine élection présidentielle revêt un caractère « déterminant » pour l’avenir du pays et constitue « l’amorce d’un processus de rénovation institutionnelle et politique, attendue par tous, et qui sera engagé par le président de la République élu » ».

Le responsable a réitéré le refus du pouvoir de tout processus transitionnel et insiste sur l’urgence d’organiser des élections présidentielles. Les partisans de la solution politique continuent à être diabolisés. Après avoir mis en garde contre les dangers du vide constitutionnel, tout au long des trois mois de mandat d’Abdelkader Bensalah, le pouvoir semble avoir changé de discours. Il alerte, désormais, contre les dangers d’un « système de cooptation » soufrant d’un déficit de « légitimité ».

« L’option pour une période de transition implique nécessairement la mise entre parenthèses des institutions constitutionnelles en place pour leur substituer des entités sui generis autoproclamées, agissant en dehors de tout cadre juridique et institutionnel », a avancé M. Noureddine Ayadi, ajoutant qu’« une telle approche reviendrait à instituer un système de cooptation de ceux qui sont appelés à conduire la transition, dépourvue de toute légitimité, de tout ancrage juridique et  qui fonctionnerait sans règles définies et en tous cas en dehors des lois de la République, puisque la Constitution sera gelée ».

« C’est  en réalité un « pouvoir de fait », improvisé, soumis aux aléas de rapports de forces fluctuants et qui ouvrirait la voie à l’anarchie et à l’aventurisme, ainsi qu’aux ingérences de toutes sortes avec ce qu’elles comportent comme périls et menaces pour la sécurité de l’État dans un contexte géopolitique perturbé et hostile », a-t-il souligné, sans pour autant envisager un échec de la feuille de route du régime qui a été contraint, à deux reprises, de reporter ses échéances électorales. De plus, les manifestants n’ont, à aucun moment, réclamé une rénovation des institutions et un nouveau casting du personnel politique, mais ont plutôt chassé Abdelaziz Bouteflika afin d’imposer une rupture complète avec un système qui se régénère cycliquement depuis près de 60 ans !

Autiste, le pouvoir est actuellement en quête de légitimité et tente de convaincre du bien-fondé de sa démarche en mettant en exergue la « nécessité de rétablir la confiance des citoyens en leur État et ses institutions ».

Le représentant de la présidence de la République a parlé d’un « climat de méfiance et de suspicion à l’égard des actions initiées directement par les pouvoirs publics, compréhensible et légitime, en raison du mode de gouvernance antérieur », qui selon lui, « requiert de confier l’organisation du processus de concertation à des personnalités crédibles, indépendantes, acceptées par le plus grand nombre ».

À son sens, la démarche consiste, d’ « aller rapidement à l’élection présidentielle en lui assurant de bonnes conditions organisationnelles, de consacrer la transparence et la régularité de ce processus, de travailler à obtenir le consensus le plus large possible sur la conduite de ce processus et sur les termes d’un accord politique sur les modalités d’organisation des élections et de « ne pas impliquer nos forces armées dans les considérations politiques et politiciennes ».