Karim Younès nous sort une vieille rengaine / Mon initiative ou le chaos !

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« Ceux qui ne veulent pas participer au dialogue sont libres (…) et ceux qui cherchent à embraser le pays, sont responsables de leur entreprise et ne doivent pas nous entraîner avec eux », a proféré le coordinateur du panel de dialogue Karim Younès, en réponse à ceux critiquent son initiative. La question mérite d’être posée. Sait-il, au moins, ce que réclament les manifestants dans la rue ?

« Nous ne sommes pas les porte-paroles du peuple algérien ni du mouvement révolutionnaire actuellement en cours, ni des autorités », a déclaré Karim Younes, ce dimanche, avant d’expliquer à un parterre de journalistes que l’instance qu’il chapeaute n’est qu’ « un groupe d’hommes et de femmes qui s’interpose en tant qu’interface entre l’autorité du pays et les masses algériennes ».

« Si on ne trouve pas de solution, le pays peut aller vers des lendemains qui nous font craindre le pire », a-t-il encore ajouté tout en accusant ceux qui ne veulent pas participer au dialogue de vouloir « embraser le pays ».

Nous avons eu la chance de côtoyer les manifestants tout au long de cette révolution pacifique et nous ne pouvons rester insensibles face à de tels propos déconnectés et loin de la réalité du terrain.

Il est vrai que le panel de dialogue de Karim Younès a été rejeté dans le fond et dans la forme, comme ce fut le cas avec la conférence d’Abdeaziz Rahabi. En évoquant ces initiatives, les manifestants parlent en général de « réunions de cachiristes » en référence aux vielles carcasses du régime et autres opportunistes qui y pilulent.

Cela veut-il, pour autant, dire que la rue est réfractaire au dialogue ? La réponse et NON. La logique de la rue est diamétralement opposée à celle du pouvoir. Le premier manœuvre pour sauver le système et renouveler sa façade. La seconde se mobilise pour une rupture complète avec le système et ses figures. Partant de ce constat, les « initiatives » inspirées par le pouvoir sont systématiquement rejetées.   

À travers le rejet du panel de Karim Younès, les manifestants signifient aux panélistes de l’instance de dialogue et surtout aux tenants du pouvoir que la rue ne négociera rien d’autre que les modalités de départ du régime et du démantèlement complet de son système géniteur.

La rue réclame également des gestes de bonne volonté de la part du pouvoir. Il s’agit de rétablir une situation normale rendant propice des cycles de négociation. Il s’agit notamment de relâcher les détenus d’opinion (les détenus de l’étendard amazigh, ainsi que Lakhdar Bouregaa), de lever la chape de plomb sur les médias public et privé, de lever les mesures d’exception imposées à la capitale (fermeture des routes, arrestations et intimidations des manifestants) et de rendre à la justice sa liberté. Telles sont les revendications du Hirak.