Rassemblement et mouvement de grève / Les magistrats se prononcent sur l’indépendance de la justice et le sort des détenus d’opinion

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2001

Au cinquième jour de leur grève,  les magistrats ont tenu un rassemblement devant la Cour suprême à Alger ce jeudi matin. Le président du Syndicat national des magistrats, Issaad Mabrouk a prononcé un speech à travers lequel il a évoqué plusieurs questions, dont celles du mouvement ayant touché la corporation des juges, l’indépendance de la justice, mais également la question des détenus d’opinion.

« Contrairement à ce qui est véhiculé, le mouvement ayant touché les magistrats n’est pas la raison ayant motivé notre action de protestation. Le mouvement opéré par le ministère de la Justice est la goutte qui a fait déborder le vase », a-t-il précisé.

Le magistrat a également tenu à mettre en avant les principales revendications des magistrats. « Nos revendications ne se résument pas qu’au mouvement ayant touché les juges. Beaucoup de nos préoccupations sont restées sans réponse. L’indépendance de la justice est une problématique qui n’arrête pas d’être suscitée par la société. Beaucoup doutent de la crédibilité et de l’indépendance de cette justice. À travers notre action, nous essayons de projeter sa véritable image, en veillant à ne pas nier qu’il y a des choses positives, tout en admettant qu’il y ait également un côté négatif. Nous essayons de nous rattraper là-dessus ».

(…) « Les juges ne réclament pas des privilèges sectoriels. Ce que réclament les juges c’est une garantie fondamentale pour garantir les droits des citoyens quelque soit leur position et leur rang social. La justice indépendante nécessite la primauté de la loi. Le juge ne doit se soumettre qu’à la loi et rien qu’à la loi. Le juge ne doit pas faire l’objet de pression ni d’injonction », a-t-il ajouté.

Issaad Mabrouk a tenu à rappeler qu’en mars dernier, la corporation des magistrats était la seule a voir braver les interdits en sortant exprimer son soutien au mouvement populaire : « Personne ne peut  nier que la seule frange de la société, soumise à des textes de loi lui interdisant d’exprimer ses positions et qui est quand même sorti pour soutenir le Hirak est celle des juges. J’irais jusqu’à dire que c’est cette action qui a mis fin au projet du cinquième mandat. Je le dis pour que nul ne vienne surenchérir », a-t-il martelé, dans une allusion sans ambiguïté visant le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah qui tient toujours à s’attribuer ce mérite.

À la question de savoir quel sort sera réservé aux détenus d’opinion, il a répondu que ces détenus sont des dossiers comme les autres et que leurs cas seront traités conformément aux textes de la loi. « Cependant, je tiens à préciser que chacun est responsable du jugement qu’il rendra et l’histoire ne manquera pas de graver dans le marbre la décision de chaque juge ».