Plaintes contre Naïma Salhi, violence, discours haineux et immobilisme de la justice / La mise au point de Me Abdelghani Badi

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Dans un entretien accordé au quotidien El Watan, l’avocat Abdelghani Badi évoque l’introduction d’une plainte formulée par la famille Bouregâa contre la « députée » et présidente du microscopique parti de l’équité et de la proclamation (PEP) Naima Salhi. Habituée aux discours grossiers et irrévérencieux, cette dernière avait porté de très graves accusations contre le Moudjahid Lakhdar Bouregaa. Me Badi a également tiré la sonnette d’alarme concernant le discours haineux et les appels à la violence lancés sur les réseaux sociaux.   

« Concernant Naïma Salhi, je vous apprends que la famille du commandant Lakhdar Bouregâa s’est approchée de notre collectif d’avocats pour le dépôt d’une plainte contre la députée, et ce, dans les plus brefs délais. La famille de Bouregâa veut la poursuivre en justice à cause de sa dernière vidéo. Nous allons saisir la commission juridique de l’APN, le ministère, etc. Les discours de haine sont inacceptables », a fait savoir l’avocat et le militant des droits de l’homme Me Abdelghani Badi dans un entretien avec le quotidien El Watan ce dimanche.

Das la fameuse vidéo, Naïma Salhi s’est attaquée à Lakhdar Bouregaa en l’accusant d’« intelligence avec l’étranger ». Elle a même versé dans un révisionnisme malsain, en remettant en cause le passé révolutionnaire de l’ancien commandant de la wilaya IV historique.

Me Badi a remis sur la table la question de l’impunité dont jouit Naïma Salhi. Une thèse confortée par le fait que plusieurs plaintes ont été introduites contre elle, sans que la justice ou l’APN ne lève le petit doigt.

« Je m’interroge d’ailleurs sur l’inaction du ministère de la Justice et de la commission juridique de l’APN après les dérapages répétés de la députée », a-t-il dit.

Le discours haineux et les appels à la violence, normalisés

Ces derniers jours, les réseaux sociaux ont été noyés de contenus portant un discours haineux à la limite de l’appel au meurtre. Le pas a d’ailleurs été franchi par des facebookeurs qui n’ont pas hésité à menacer les manifestants du mouvement populaire. l’un d’entre eux avait promis de « couper leur tête » lors des funerailles de Gaïd Salah, mercredi dernier.

Ce qui mérite d’être souligné, c’est les auteurs de ce genre de discours font adhèrent à une certaine idéologie. c’est ce qu’on appelle les partisans de la Badissia – Novembria, un courant préfabriqué ayant émergé sur la scène le 15 mars dernier. Ses concepteurs ont fait en sorte de créer une sorte de rupture à l’intérieur du mouvement populaire, pour mettre sur pieds un courant artificiel dont les idées convergent avec le discours de l’ex-chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah.

Plusieurs personnes, dont Naïma Salhi ont saisi l’occasion pour prendre les commandes de ces hordes. Sur les réseaux sociaux,  des consignent sont données et un discours haineux et raciste est développé.

Selon Me Badi, « le discours raciste et violent dont font la promotion les Salhi, Benkoula et d’autres agrée visiblement le pouvoir. Il sert sa stratégie de domestication du Hirak. Légalement, les déclarations criminelles de ces individus n’exigent aucunement le dépôt d’une plainte, mais seulement une déclaration, comme celle que j’ai postée sur ma page Facebook et qui a été partagée des centaines de fois. Le parquet doit s’autosaisir après toutes ces attaques qui ciblent une région du pays, la Kabylie en l’occurrence », a-t-il expliqué.

 « La loi doit s’appliquer dans toute sa rigueur, parce que les conséquences de tels agissements sur le pays, comme nous le craignons, seront à terme terrifiantes. Par leur discours, ces gens sèment les graines d’une future guerre civile. Il y a les exemples des voisins, en Libye, en Syrie et au Yémen, où la guerre a été alimentée par le confessionnalisme, le racisme communautaire, religieux… », prévient-il

L’avocat a évoqué les violences ayant eu lieu ces derniers jours.   « (…) Il y a les agressions signalées lors des marches d’hier (vendredi) et l’absence de réaction du parquet. Il n’y a eu aucune arrestation ni poursuite contre les agresseurs, qui ont pourtant agi à visage découvert, contrairement à ce qui s’est passé lors de la campagne électorale ».

Il a estimé que « le pouvoir actuel est toujours prompt à arrêter et incarcérer des personnes accusées d’«atteinte à l’unité nationale» pour ce slogan : « Madania machi askariya » (État civil, non militaire). Mais à côté, les graves discours de haine en ligne ou dans la rue n’émeuvent point les pouvoirs publics, alors que les conséquences de tels appels sur la société et l’État sont terrifiantes », prévint-il encore une fois. .