Il est pourtant l’un des pères du mouvement du 22 février / Brahim Lalami, le grand oublié

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L’icône du Hirak Brahim Lalami, se trouve toujours dans les geôles du régime à El Bordj depuis le 21 novembre dernier. Le jeune a souffert lors de son arrestation. Ses avocats avaient signalé des actes de brutalité. On a notamment évoqué des Fractures à l’auriculaire et l’annulaire de la main gauche. Il avait également du mal à se mettre debout lors de sa présentation devant le juge. Brahim Lalami sombre peu à peu dans l’oubli. Et pourtant, le jeune est sans conteste, l’un des pères du mouvement du 22 février.

Le cas Brahim Lalami n’intéresserait-il plus personne ? C’est en tout cas ce que laisse à penser le silence imposé à l’affaire de ce jeune militant à la détermination sans failles. Brahim disposait d’une page Facebook à travers laquelle il intervenait régulièrement pour donner son avis sur le Hirak, mais également pour aider des personnes nécessiteuses. Après son emprisonnement, cette page avait été récupérée par ses proches. Ces derniers l’utilisaient pour donner des nouvelles du prisonnier avant que la page en question ne disparaisse. Avec sa disparition, Brahim Lalami sombre peu à peu dans l’oubli, d’autant plus que ses avocats ne communiquent que très peu.

Brahim est devenu célèbre grâce à son sens de la combativité, de son endurance et sa volonté à toujours surmonter toutes les difficultés et à affronter tous ceux qui se mettaient sur son chemin. Maniant le verbe mieux que personne, il use d’un arabe littéraire mélangé à de la Derdja dans des slams qui faisaient fureur sur les réseaux sociaux. Ses textes à fortes connotations politiques ne manquaient jamais de marquer les esprits.

On peut dire, sans exagération que Brahim est l’un des pères de la révolution de février. Le vendredi 15 février 2019, il avait été arrêté pour avoir mené la première marche pacifique à Bordj Bou Arreridj. Une marche initiée contre un 5e mandat du président déchu  Abdelaziz Bouteflika.

Après avoir été libéré, il avait enregistré une vidéo à travers laquelle il avait raconté son arrestation et expliqué le pourquoi de sa démarche. Il s’était étalé sur le sens de son engageant contre le régime incarné à l’époque par les Bouteflika.

Dans les locaux des services de sécurité, il avait été questionné sur ses motivations, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’interrogatoire. Tout au long de la séance, le jeune avait insisté sur l’aspect pacifique de sa démarche et celles des gens sortis manifester avec lui.

Plus récemment, il avait révélé dans un Live sur Facebook, que des gens lui avaient proposé une somme importante d’argent en contrepartie d’un service. On lui aurait demandé de dire publiquement que son action était commanditée par des militants, activistes, politiques et lanceurs d’alertes tels que Larbi Zitout, Amir DZ, Ali Benhadj et d’autres. Brahim avait décliné l’offre.

Nous avons eu l’occasion de le rencontrer à Alger à deux reprises. Il était venu pour prendre part aux marches du vendredi. Brahim Lalami est un jeune déterminé. Son discours n’est pas celui d’un défaitiste ou celui de quelqu’un qui se laisse impressionner. Dans une interview que nous avons faite avec lui, il nous avait dit que « si le Hirak venait à reculer, l’Algérie risque de disparaître».

Massi. M.