« Malmener les choses, c’est ajouter au malheur du monde » raconte Ben Salama, en paraphrasant Albert Camus. Cette citation résume assez bien le contexte de la guerre d’Algérie, vu par le réalisateur, une guerre comme toutes les guerres, douloureuse, déchirant l’histoire de deux pays, dont les plaies ne sont toujours pas cicatrisées. Ainsi, le documentaire du cinéaste et journaliste Ben Salama raconte son « histoire algérienne », à travers la guerre, son horreur et ses conséquences sur la société algérienne et sur la société française.

Cette « Histoire algérienne » revisite le passé algérien, l’époque de la guerre, sans volonté de vérité historique et unique des faits, mais sous l’œil de son principal acteur Ben Salama, qui a choisi de s’exposer également dans le documentaire. Le film est riche, en témoignages d’abord, à commencer par les récits de soldats français comme l’officiel Belorgey, de résistants comme Zohra Drif, d’enfants harkis comme le témoignage  de Fatima Besnassi, fille de harki qui a fui très jeune une Algérie exsangue, ou encore de Michel Rocard, ayant vécu et ressenti la guerre comme une « honte française ».

« Une histoire algérienne » est un documentaire bien travaillé, riche en informations et en sources historiques, on y découvre des pellicules inédites sur la société algérienne, des camps de regroupement aux méthodes d’éducation des enfants pendant la guerre.

Le documentaire de Ben Salama dévoile surtout l’origine du harkisme, entre dérives du FLN et dérives de l’armée française, les harkis se forment parfois pour venger la mort d’un proche, ou tout simplement pour nourrir leurs familles, poussés ainsi vers l’irréparable. Ben Salama dévoile ainsi l’histoire d’une partie de la population algérienne qui est toujours haïe et rejetée, le but étant, sans prendre de parti sur leur action, de découvrir la cause de leur choix, et surtout leurs lourdes conséquences.

Le cinéaste met en avant l’enjeu politique dans la guerre des femmes. Entre manipulation politique française par divers instruments comme le voile, et femmes résistantes proches du FLN pour la libération de leur pays, Ben Salama décrit intelligemment la femme algérienne et son rôle essentiel dans l’indépendance du pays. On découvert également les témoignages de pieds noirs, longtemps considérés comme les « oubliés » de la guerre,  ces « Français algériens » ou « Algériens français » attachés à leur région qui deviendra leur pays natal, l’Algérie. Des « pieds noirs » déchirés par la guerre et traumatisés par leur retour en France, un territoire qui leur est inconnu, en témoigne Raphaël Draï.

Ben Salama réussit un documentaire bien ficelé, retraçant au travers d’une histoire algérienne, les différentes facettes d’une guerre sanglante et tragique entre deux pays, et surtout, les blessures de guerre sur l’ensemble des acteurs du conflit, qu’ils soient « européens » ou « indigènes ».

Ce documentaire est produit par Electron Libre et sera diffusé prochainement sur France 5 dans « La Case du siècle » présentée par Fabrice d’Almeida.

Note de la rédaction : 7/10

Ania K. Ould-Lamara