L’élection présidentielle en Algérie est prévue dans une semaine jour pour jour. Jeudi prochain, le 17 avril, des millions d’Algériens sont appelés à élire leur nouveau président ou reconduire l’actuel locataire du palais d’El Mouradia. Cette élection cristallisent de nombreux inquiétudes, peurs et craintes au regard des enjeux majeurs qu’elle représente pour l’avenir du pays.

Mais la question principale demeure la suivante : y aura-t-il oui ou non une fraude massive ? Sera-t-elle réellement transparente ? En partant de cette problématique, 4 scénarios sont envisageables si l’on se réfère aux données que nous avons pu recueillir sur le terrain depuis le début de cette campagne électorale. Ces scénarios peuvent s’avérer faux et infondés. Mais ils reflètent une certaine évolution de la situation politique en Algérie et fournissent de précieuses indications sur la configuration du pays après le 17 avril prochain.

1 – Le scénario de la « Fraude » et de la reconduction du statut-quo : 

C’est le scénario auquel s’attendent de nombreux Algériens : Abdelaziz Bouteflika est annoncé le soir du 17 ou la matinée du 18 avril comme gagnant avec un large score qui avoisinerait les 80 %. Les autres candidats se partagent les miettes et se taisent. Certains, comme Ali Benflis ou Louisa Hanoune, vont protester et dire qu’on « avait obtenu davantage de voix ». Le ministère de l’Intérieur les nargue et les défie de présenter des preuves. La polémique dure quelques jours et se réduit, par la suite, comme une peau de chagrin. L’opinion publique affiche son fatalisme et le 4e mandat se met en place. Les autorités lâchent quelques milliards pour acheter la paix sociale et le silence de la majorité. Bouteflika est donc reconduit sans aucun obstacle.

2 – Le scénario « Ivoirien » ou « Kenyan » :

C’est le scénario prévu par certains observateurs politiques qui s’attendent à une victoire d’Ali Benflis. Ce dernier arrive en tête au premier tour, mais les autorités en place refusent de le reconnaître, recourent à la fraude et font gagner Abdelaziz Bouteflika. Ali Benflis et ses partisans contestent et se rassemblent dans les rues tout en épuisant tous les recours judiciaires. Cela rappelle les événements qui ont eu lieu au Kenya lorsque le premier ministre sortant, Raila Odinga, a annoncé, samedi 9 mars, qu’il allait contester en justice sa défaite à la présidentielle face à Uhuru Kenyatta, mais il a appelé ses partisans à rester calmes. Il faut savoir que  Odinga a été crédité de quelque 800.000 voix de moins que son adversaire et a recueilli 43,31 % des voix, selon la Commission électorale. Il a dénoncé « des irrégularités massives » autour du scrutin, mais a souligné que « la violence maintenant pourrait détruire ce pays pour toujours ».

Les partisans d’Ali Benflis qui affirment haut et fort qu’ils ne se laisseront pas voler pourront adopter cette même attitude. Une contestation radicale mais calme pour ne pas tomber dans le piège de l’instabilité qui menace le pays. A ce scénario, on peut ajouter le scénario ivoirien lorsque Ouattara et Gbagbo, les deux adversaires dans l’élection présidentielle ivoirienne en 2010, se considéraient tous les deux comme élus. Le pays avait alors débouché sur guerre civile car le Président sortant Laurent Gbagbo refusait d’abdiquer. Des violences ont duré pendant une année  pour voir à la fin le véritable gagnant de cette élection, Alassane Dramane Ouattara, triompher de son adversaire. Ce scénario reste très peu probable en Algérie car l’influence internationale ne représente pas réellement une donnée politique capitale. Les Algériens, traumatisés par la décennie noire, ne risquent pas de s’engager dans une période troublante pour imposer un nouveau Président à la tête de l’Etat. Et l’avenir nous le dira…

3 – Le scénario « sénégalais » :

C’est le scénario dont rêve tous les partisans d’une transition pacifique en Algérie. Bouteflika est battu dans les suffrages. Et dès la publication des résultats officiels de l’élection présidentielle, le Président sortant va reconnaître sa défaite et féliciter son adversaire comme cela s’est passé au Sénégal en mars 2012 où Abdoulaye Wade, l’ex Président sénégalais, a accepté de quitter le pouvoir après douze années à la tête de l’Etat. A la suite de défaite dans le processus électoral lorsqu’il avait brigué un troisième mandat, il avait décidé de transmettre le flambeau à son adversaire Macky Sall. Mais un tel scénario est-il envisageable en Algérie ? Pas vraiment car rien n’indique que Bouteflika, lequel brigue un 4è mandat successif, désire réellement lâcher le pouvoir. Ses partisans affichent également un entêtement sans précédent et poursuivent leur campagne féroce pour la reconduction de leur candidat.

Ses adversaires, notamment Ali Benflis, n’a pas encore démontré totalement sa capacité à mobiliser toute l’opposition autour de lui pour faire chavirer l’ordre établi.

4 – Le scénario du « deuxième tour » : 

Un deuxième tour qui opposera Ali Benflis à Abdelaziz Bouteflika afin de faire taire les accusations de fraude ? C’est fort probable jugent de nombreux observateurs de la scène politique algérienne. Les deux candidats arrivent au coude à coude. Un deuxième tour devient obligatoire et là c’est Bouteflika qui gagnera avec le soutien de Louisa Hanoune et Abdelaziz Belaïd. Ce qui évitera au régime algérien les accusations de fraude massive. Mais ce scénario a beaucoup de détracteurs. Ces derniers pensent que le « système Bouteflika » ne veut pas apparaître faible et fragile en acceptant un deuxième tour. Quoi qu’il en soit, ce scénario pourrait avoir lieu si des conditions de transparences minimales sont réunies. 

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