Haddouche

Ce ne sera probablement pas le résultat des élections, mais c’est au moins celui de la compétition des programmes économiques. Les documents concoctés par les deux principaux candidats à l’élection présidentielle ne boxent pas dans la même catégorie.

Celui du candidat Bouteflika se distingue par une simplicité qui est souvent à la limite du sommaire. Il mets, en quelques pages, au crédit du Président sortant le maintient de la stabilité sociale et politique du pays ainsi qu’un vaste programme de modernisation qui a surtout concerné les infrastructures économiques et sociales en insistant sur la nécessité d’ « approfondir » la démarche engagée depuis le début des années 2000. L’équipe du candidat Benflis livre, au contraire, dans un document volumineux et très détaillé, une copie beaucoup plus travaillée qui dresse un bilan sévère des 15 dernières années et propose un agenda pour une « sortie graduelle du modèle rentier » qui a la particularité notable de s’inspirer très largement des constats dressés par  les nombreux think tanks  nationaux qui ont vu le jour au cours des dernières années.

Bouteflika, jusqu’au bout du modèle rentier

La continuité est le maître mot du programme du candidat-Président qui assure que « la poursuite des programmes et de la politique de Bouteflika permettra de préserver les réalisations acquises et par la même de garantir un meilleur avenir au pays ». Une attitude probablement dépourvue de cynisme et qui semble, sans doute de bonne foi , se nourrir de la conviction que les choix économiques effectués depuis 15 ans par les pouvoirs publics sont les bons mais restent encore insuffisamment relayés par les rouages de l’administration et par les opérateurs économiques. D’où l’insistance du programme du candidat-Président sur le dialogue social, ses appels à la mobilisation contre la bureaucratie ainsi que sa dénonciation du « fléau de la corruption ». Les rédacteurs du programme de Bouteflika assurent de façon très  significative que « les programmes lancés pour relever les défis du développement à travers la diversification des capacités productives de notre pays et la création d’emplois seront intensifiés ». Pour le staff de Bouteflika, le cadre législatif et organisationnel des gestions monétaire, budgétaire, fiscale et douanière, qui a pourtant  fait coulé beaucoup d’encre au cours des dernières années,  est tout juste  « à parfaire ». 

 Parmi les nouveautés d’un programme qui n’en compte finalement pas beaucoup, on retiendra la création d’ « un Observatoire du service public qui sera installé et aura pour prérogatives de réaliser des études, formuler des propositions et réaliser des enquêtes d’opinion pour contribuer à remédier aux imperfections et à bannir la bureaucratie et l’inefficacité ».

Benflis pour une sortie graduelle du modèle rentier

 Le Projet économique présenté par Ali Benflis se présente au contraire comme « une Stratégie nationale de développement » qui se donne l’ambition d’engager un processus de « renouveau économique de la Nation et d’inscrire l’économie nationale dans une perspective durable de développement et de sortie de la rente ». La vision prônée par le programme Benflis d’une économie diversifiée portée par un « Etat stratège, régulateur, ouvert et pragmatique » ressemble à cet égard comme une sœur aux propositions récentes d’un certains nombre d’experts indépendants ou du groupe Nabni : Il relève  » l ’incertitude qui plane sur nos recettes futures d’hydrocarbures, la production n’ayant fait que baisser depuis plus de six années, tandis que le niveau des dépenses de l’Etat a augmenté de manière spectaculaire, accompagné par  la croissance vertigineuse des importations et de la consommation interne d’énergie ». L’équipe réunie par  Ali Benflis dénonce l’  » illusion » entretenue par le camp adverse que « notre sous-sol continuera à fournir sans limites les ressources dont nous avons besoin ». Le programme ajoute , en relayant les signaux d’alarme actionnés par beaucoup d’experts nationaux, que « l’heure n’est pas aux solutions de facilité consistant à retarder une fois de plus cette échéance de la diversification en rendant la tâche encore plus difficile aux générations futures pour lesquelles il risque d’être, alors, trop tard ».

Dépenses tous azimuts contre discipline budgétaire

 Le programme du candidat-Président ne lésine pas sur la dépense et ne semble manifestement nourrir aucun doute sur la disponibilité futures des ressources financières. Il annonce d’ailleurs qu’un plan 2015-2019 est déjà en cours d’élaboration dont les principaux axes viseront à : « pérenniser les acquis des plans précédents en assurant la maîtrise de la maintenance et de la gestion des infrastructures déjà réceptionnées ». Il  propose la poursuite d’une stratégie de dépenses et d’investissements tous azimuts qui permettra  entre autres  de réaliser « un saut qualitatif dans l’aménagement du territoire à travers la réalisation de l’autoroute des Hauts-Plateaux, des liaisons ferroviaires dans le sud, de transferts d’eau pour une meilleure répartition de la ressource entre les régions, et le développement du transport aérien ». Sans oublier non plus, pour faire bonne mesure, la promesse éternellement renouvelée de « résoudre définitivement la question du logement » ni d’ « accélérer l’investissement dans l’agriculture, l’industrie, le tourisme et l’artisanat ».

Le programme d’Ali Benflis est moins axé sur la dépense et plus soucieux d’économies. Il propose d’ « inscrire la programmation budgétaire dans un cadre pluriannuel de moyen-terme  qui impose une plus grande discipline budgétaire à l’Etat  pour être moins dépendant du niveau des recettes pétrolières ». Il  insiste également sur la nécessité d’ « engager une grande réforme fiscale et budgétaire » dans le but de « ramener la part de la fiscalité pétrolière à 50% du budget de l’Etat d’ici 2019 ». Les dépenses de fonctionnement « seront stabilisées et leur part dans le PIB réduites. Les transferts sociaux seront davantage ciblés sur les ménages les plus nécessiteux ». Autre emprunt aux propositions récentes des  think tanks nationaux, le budget de l’Etat doit être établi « sur la base d’un prix du baril correspondant aux prévisions des marchés internationaux en se rapprochant de l’ introduction d’une règle d’or budgétaire ».

Le staff d’ Ali Benflis plus à l’écoute des économistes

Le programme du candidat Benflis manifeste la même ouverture vis-à-vis de beaucoup de propositions formulées dans le débat économique interne au cours des dernières années. On y retrouve ainsi entre autres la proposition de création d’un « fonds Souverain International (FSI) qui sera mis en place et sera alimenté par une partie des recettes d’exportation de la Sonatrach. La majorité des actifs du FSI sera investie dans les marchés financiers internationaux et des obligations d’Etat, selon les normes de risques des meilleurs fonds souverains existants ». Une partie sera également consacrée à l’acquisition d’actifs industriels internationaux dans le but d’accélérer la modernisation  de l’industrie algérienne .

Très critiquée par les économistes et les milieux d’affaire algériens, la règle du 51/49 sera abrogée « dans certains secteurs où cette règle n’a aucune justification économique : industrie manufacturière, transformation agroalimentaire, tourisme, hôtellerie, chimie et certains secteurs de services à haute valeur ajoutée. La limitation de la part du capital étranger sera maintenue dans les secteurs stratégiques ». Dans la même veine plus libérale que celle de son concurrent direct, le programme du candidat Benflis entend également « réformer le règlement de la Banque d’Algérie régissant la circulation des capitaux afin de permettre, dans un cadre défini et des critères clairs et transparents, les prises de participation d’entreprises algériennes dans des entreprises étrangères ».

Hassan Haddouche