Saadani Sidi Said

Le patron du FLN et celui de l’UGTA multiplient les « déclarations d’amour » en public. Indécent ?

Pendant que le Maroc réprime un baiser adolescent échangé en public, l’Algérie offre un cadre propice aux relations incestueuses et publiques entre parti politique et centrale syndicale. Vous en doutez ? Jugez plutôt.

A l’heure où Human Right Watch dénonce l’oppression des syndicats et leur peu d’indépendance, l’UGTA – Union générale des travailleurs algériens – et le FLN lui répondent par un joli pied de nez : une cérémonie organisée par le syndicat en l’honneur d’Amar Saadani, l’homme fort du parti au pouvoir. C’était samedi dernier à Alger.

Au cours de la cérémonie, les responsables des deux instances n’ont cessé de se faire des mamours. C’est d’abord Abdelmadjid Sidi Said qui insisté sur le pedigree d’Amar Saadani, ancien de l’UGTA qui « a beaucoup donné pour défendre les intérêts des travailleurs », ne manquant pas de rappeler que l’actuel secrétaire général du FLN a été « l’initiateur du comité d’’auto défense’ dans la wilaya d’El Oued pour défendre l’Algérie et le régime républicain ».

Abdelmadjid Sidi Said s’est ensuite fendu d’une explication sur le pourquoi du comment de cet hommage officiel. Il intervient « en reconnaissance des sacrifices consentis par les syndicalistes pour défendre aussi bien les travailleurs, les institutions de l’Etat et le régime républicain ».

Ne pouvant rester insensible à tant d’amabilité, Amar Saadani a surenchéri en se disant « fier » de son « affiliation à l’UGTA, bastion des défenseurs des intérêts des travailleurs algériens et rempart de l’unité et de l’économie nationales ». La collusion est totale, mais le mélange des genres ne s’arrête pas là.

Dans la suite de son discours, Amar Saadani a appelé « les militants du parti [ndlr : le FLN] à adhérer aux structures de l’UGTA pour mieux défendre les droits des travailleurs et les intérêts des institutions de l’Etat ». Dans l’histoire politique, on appelle cela de l’entrisme. Notez aussi que la deuxième partie de la phrase de Saadani illustre à elle seule l’amalgame entretenu au plus haut niveau entre intérêt collectif – l’Etat – et intérêts particuliers – les travailleurs.

Une confusion assumée jusque dans l’annonce de l’agenda du FLN devant les instances de l’UGTA. C’est au cours de cette cérémonie qu’Amar Saadani a confirmé que le comité central de son parti se réunira à la mi-novembre pour approuver la nouvelle composante du bureau politique. Plus c’est gros, plus ça passe.