«Il faut sortir par le haut, c’est-à-dire par le futur ».  Un bout de phrase de l’avant propos du livre « Être arabe, aujourd’hui » d’Akram Belkaïd qu’il a emprunté à Elias Sanbar, un historien, essayiste et surtout poète palestinien. Rares sont les hommes politiques, stratèges et experts qui ont cette fibre. Repris par Akram Belkaid, selon nous, ils désignent le défi qui attend les « arabes » et l’ambition qui doit le nourrir. Après tant d’avilissement.

Le « je » utilisé par cet essayiste et journaliste est ce qui a manqué le plus aux Peuples arabes, avec  un je collectif et coopératif,  face à leurs démocrateurs. Ces derniers sont le fruit pourri d’élections auxquelles ont pris prennent part des crédules.

Ce « je » est aussi un signe de sa responsabilité sur l’écrit qu’il a commis. C’est une aussi cette responsabilité que n’ont pas prise les dirigeants arabes sauf celle de se goinfrer en mettant en branle des systèmes de corruption et cooptation et en se mettant au service du néolibéralisme avec une énorme dot : des pays complets.

À la lecture de cet essai, dans une compréhension non raciste du terme, être arabe aujourd’hui signifie simplement être digne. En assumant tout ce qu’il est : algérien, tunisien, arabe, berbère, que d’aucuns appellent dans une expression douteuse identité multiple, l’auteur grâce à ses expériences professionnelles, ses voyages, ses amitiés dans un style direct avec une remarquable hauteur de vue nous fournit des éléments d’analyse pertinents qui facilitent la compréhension des enjeux inter, intra-arabes et internationaux.

Ce qui précède n’est pas un accord total avec tout ce qu’a écrit Akram Belkaid dans ce livre. S’il revendique sa multiple appartenance, les arabes et tous les arabes peuvent aussi la revendiquer et c’est ce qu’ils font à cause ou grâce à tous les mouvements historiques qui ont traversé cette région du monde. Les crises que ces arabes vivent ne permettent pas de voir, plutôt d’entendre, ce cri.

Si l’expression « Révolution du Jasmin » lui fait mal aux oreilles, le futur d’Elias Sanbar qu’il a cité saura lui donner ce nom. Tout comme sa position sur la non-centralité de la question palestinienne est discutable. S’il démontre magistralement que l’humiliation des arabes a atteint la limite de l’intolérable, la Palestine et le martyre des habitants de cette Terre en est un élément constitutif et lourd de cette humiliation. Quant à ces religions politisées et il n’y a pas que l’Islam dans les pays traversés et qui le seront par la violence des peuples, même si elles demeurent un instrument porteur de tensions et de potentielles explosions, c’est l’éducation en tant que droit et l’enseignement de la philosophie qui sont les meilleures réponses et non pas leurs échecs dans la gestion de la cité.

S’il a passé en revue tous les compartiments de la vie compliquée des arabes, et sachant qu’un écrit n’est jamais terminé, l’un des problèmes majeurs et pourtant relativement simple à régler, c’est l’édition de tous les travaux d’universitaires, écrivains, poètes d’Afrique et du Moyen-Orient chez eux d’abord. Bien sûr, cette « chose » relève du droit aux droits. C’est la clé qu’il a identifiée clairement dans ce livre qui ouvrira beaucoup de portes dans une coopération sud-sud.

Il ne faut pas demander à des peuples opprimés et qui se sont réveillés brutalement de régler tous les aspects liés à leur développement en l’espace d’une ou deux années. C’est ce qui a fait selon Gallup International 2011 que le Nigeria, malgré ses déboires, caracole en tête des pays les plus optimistes au monde pendant que la France se retrouve en bas.

Reste la question de l’honnêteté intellectuelle et de l’intégrité morale qui n’ont pas été abordées dans ce livre et qui nous obligent à dire qu’Akram Belkaid nous a offert son livre et qu’il est considéré par votre serviteur comme ami même s’il ne l’a jamais rencontré.

Chérif Aissat

 Akram Belkaïd vient de publier un livre de chroniques : « La France vue par un blédard »  aux Éditions du Cygne

Lire notre  Entretien avec Akram Belkaïd : ” Etre arabe aujourd’hui, c’est ne plus être passif ” (Audio)