Un réseau de blanchiment d’argent opérant entre la France et l’Algérie a été partiellement démantelé à Marseille. Ses protagonistes échangeaient des millions d’euros contre des dinars sans que ceux-ci ne sortent du territoire national. Entreposé dans des endroits sûrs, cet argent est ensuite utilisé pour payer des fournisseurs locaux de drogue et acheter des biens immobiliers.  

Six individus ont été interpellés fin septembre à Marseille pour leurs liens avec une organisation criminelle ayant mis sur pied un énigmatique système de compensation financière entre les deux rives de la Méditerranée. Les sommes échangées se chiffres à des millions d’euros.

Issus de la Marseille, aucun d’eux n’avait de précédentes judiciaires et pourtant, ils faisaient parti d’une «organisation occulte autonome et détaché des groupes traditionnels de narcotrafic». Ladite organisation fonctionnait comme une chambre de compensation. Un «véritable système de change parallèle» basé sur le fait que le dinar algérien n’est ni convertible ni exportable, rapporte le quotidien français Le Monde ce lundi.

Les investigations des services de sécurité français ont permis la saisie de 1,1 million d’euros sur la seule prise effectuée fin septembre. Plus encore, les enquêteurs ont pu reconstituer une partie du puzzle avec l’arrestation d’un certain Mohammed B., hôtelier. Cette personne aurait joué un rôle capital dans cette organisation, un rôle qui peut être comparé à celui d’un banquier recevant ses instructions d’un algérien qui lui adressait «des clients à la recherche de sommes importantes en euros».

La combine se résume à fournir à des demandeurs algériens des sommes astronomiques en euro en échange de notre monnaie nationale.  Des transactions que les enquêteurs ont trouvé bien curieuses du fait que le dinar n’est même pas convertible. En creusant, ils ont fini par apprendre que ces dinars qui se chiffraient en milliards servaient au règlement des marchandises fournies par des barons de la drogue algériens. L’autre partie servait, quant à elle, à blanchir l’argent des trafiquants marseillais qui investissaient en masse en Algérie, que ce soit dans l’immobilier au autre.

Ce système aurait permis «d’éviter des transferts d’argent risqués». L’argent ne circule pas, les deux parties discutent seulement du taux de change et, aux yeux des autorités algériennes, les dinars restent en Algérie. Cette affaire de blanchiment marque un changement de modus operandi des réseaux de drogue à Marseille. Un changement qui aura certainement des effets néfastes chez nous.

En se basant sur les éléments de cette enquête, on sait déjà qu’une partie des devises qui s’échangent sur le marché parallèle algérien sont issus du trafic de drogue. Et on a également pu apprendre que l’Algérie sert de plateforme de blanchiment pour toute sorte de bandits opérant à Marseille.

M.M.