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Le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammad Sabah al-Salem al-Sabah.

La mise en veilleuse de plusieurs investissements arabes, particulièrement dans les secteurs de l’immobilier et du tourisme, affole les milieux d’affaires dans les trois pays du Maghreb central.

La dissolution, le 27 janvier dernier, de Sama-ECH Tunisia, société créée en 2007 par le géant émirati Sama Dubaï, en partenariat avec le groupe britannique EC Harris, pour superviser la construction d’un gigantesque complexe immobilier en Tunisie, a affolé les milieux d’affaires tunisiens. D’autant plus que le mégaprojet, baptisé Porte de la Méditerranée, devait engloutir 25 milliards de dollars pour faire émerger une ville nouvelle près de Tunis, et créer 130 000 emplois. L’information dévoilée par la presse locale a été confirmée par le major mondial de la promotion immobilière, qui n’a pas souhaité apporter d’autres précisions sur la dissolution de sa filiale tunisienne et les raisons du retard du lancement des travaux, initialement prévu en mars 2008.

Scepticisme grandissant à Tunis

Le gouvernement tunisien reste jusqu’ici très discret sur l’affaire. Un certain scepticisme est cependant de mise à l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (FIPA). « La dissolution de Sama-ECH Tunisia, intervenue dans le cadre d’une restructuration du groupe émirati, affecté par la crise financière, pourrait cacher un nouveau report du démarrage du chantier ou un redimensionnement du projet », indique un responsable à l’agence. Ces craintes sont partagées par les analystes de Tunisie Valeurs, qui n’excluent pas le risque de retrait de certains groupes arabes du pays. « La conjoncture internationale pourrait provoquer l’arrêt de certains mégaprojets annoncés par des investisseurs du Golfe ou la révision à la baisse des investissements initialement prévus », précise l’intermédiaire en bourse dans une récente étude sur la durabilité des méga-projets en Tunisie.

Inquiétudes à Rabat et Alger

Le mini séisme provoqué par la dissolution de la filiale tunisienne de Sama Dubaï a eu des répliques au Maroc et en Algérie. Le même groupe émirati a demandé fin janvier à ses partenaires, dont la société belge Besix, d’arrêter le chantier d’aménagement de la vallée Bouregreg, entre Rabat et Salé. « Sama Dubaï nous a demandé officiellement d’arrêter les travaux », explique Lamghari Essakl, directeur général de l’Agence d’aménagement de la vallée du Bouregreg (AAVB), cité par l’hebdomadaire marocain La Vie Eco. Selon lui, l’AAVB a déjà engagé une réflexion sur des « solutions de rechange » possibles pour mener à bon port le projet, dont le coût s’élève à 3 milliards de dollars.

En Algérie, où les engagements s’élèvent à près de 20 milliards de dollars, le géant émirati Emaar aurait déjà mis en veilleuse certains de ses projets de construction de complexes immobiliers, selon la presse algérienne. Une décision suivie, selon la même source, par son compatriote Emirates International Investment Company (EIIC), engagé dans la réalisation du plus grand parc urbain au monde, à Alger, et le saoudien Sidar, qui envisageait d’aménager de nouveaux complexes touristiques sur les côtes algériennes. L’émirati Damac Properties avait été le premier à annoncer, en novembre 2008, le gel de ses projets immobiliers dans les trois pays du Maghreb central.

Pertes colossales

Le chef de la diplomatie koweïtienne, cheikh Mohammad Sabah al-Salem al-Sabah, avait annoncé récemment que la crise a coûté aux monarchies pétrolières du Golfe une perte de 2500 milliards de dollars depuis octobre dernier. La chute des cours du brut et les coupes dans la production décidées par l’OPEP ont également considérablement réduit la force de frappe des investisseurs arabes. Plusieurs professionnels de l’immobilier estiment toutefois, que l’inadéquation entre les exigences de rentabilité élevée des investisseurs du Golfe et la bureaucratie parfois tatillonne au Maghreb seraient à l’origine du gel de certains projets.

Walid Kéfi
Source: Les Afriques

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