Abdou-Semmar1«L’Algérie française». Mais cette fois-ci, ce n’est pas une française âgée de 82 ans qui nous la remet sur le tapis. C’est un Algérien de 64 ans qui nous offre le triste spectacle de cette «atteinte à la dignité de l’Algérie ».

Une atteinte ? Oui, c’en est une. Parce que le FLN, ce n’est pas n’importe quoi. Un secrétaire général du FLN, ce n’est pas n’importe qui non plus. Amar Saadani est peut-être innocent. Nous n’avons certainement pas le droit de le condamner, encore moins de le déshonorer sans que la justice ne fasse une véritable investigation sur cette histoire d’acquisition immobilière à Paris. Mais Amar Saadani n’a pas le droit de se jouer de notre histoire, de notre honneur, de notre intelligence et de l’image de notre pays à l’étranger.

Depuis plus d’un mois, le patron du FLN est porté disparu. En vacances ? C’est son droit. Mais les vacances qui durent jusqu’au 11 septembre, c’est un peu suspect notamment de la part du dirigeant de la première formation politique en Algérie. Un silence mystérieux au moment où de délicats dossiers politiques sont étudiés et alimentent le débat national. Au sein du FLN, on nous assure que Si Amar Saadani est à Paris et se retrouve dans une délicate situation car il aurait été entendu par la police française à propos des origines des fonds avec lesquels il aurait acheté ses appartements parisiens !

L’information est à prendre au conditionnel car au FLN, les complots se fomentent à longueur de journée. Cependant, monsieur Saadani ne dirige pas une Sarl ou une Eurl. Il est à la tête du FLN ! Que celui-ci doit être placé au musée ou pas, le FLN est un symbole de l’Algérie. Un symbole plus important que le concours Miss Algérie qui a suscité la polémique nationale. En revanche, lorsque le patron du FLN disparait en France et on propage de telles informations à son propos, aucun ministre ou dignitaire ne réagit ! Tout le monde préfère s’en prendre à l’organisateur de Miss Algérie pour la gaffe de la sénile Geneviève de Fontenay. C’est plus facile, plus fun et plus populiste. Mais réclamer des comptes à Amar Saadani, non, c’est trop risqué.

Au nom de cette même sacro-sainte dignité qu’on avait brandi face à l’ancienne directrice du concours Miss France, notre justice, gouvernement et Présidence auraient dû convoquer notre Amar national. Qu’il achète des appartements à l’étranger, c’est sa vie privée. Mais qu’ils recourent à des fonds suspects, cela devient une affaire d’Etat. Parce que le premier responsable de l’institution qui libéra notre patrie doit se montrer exemplaire, propre jusqu’au bout des ongles. On ne peut parler au nom de Larbi Ben M’hidi lorsqu’on est cité dans des affaires de corruption, de détournements de fonds ou d’acquisitions immobilières louches. Si plus de 50 ans après l’Indépendance, la justice française se substitue à la justice algérienne, il ne reste qu’à vendre tout le pays aux enchères et puis c’est tout !

Parlez monsieur Saadani. Dites-nous enfin la vérité. Défendez-vous et défendez ce FLN que vous souillez avec votre silence. Un silence qui justifie la suspicion. Vous n’êtes pas dans la même position que Geneviève de Fontenay. Vous n’avez pas le droit de «gaffer» au regard du poids de l’histoire qui pèse sur vos épaules. Si vous n’êtes pas capable d’honorer ce poids, partez au plus vite et ne vous retournez plus…