Le bilan de l’agence nationale des investissements –ANDI en date du 19 janvier 2009 des résultats mitigés et un bilan loin de refléter la réalité

mebtoul2Par Docteur Abderrahmane Mebtoul Expert International

1-Depuis leur création, les agences gouvernementales d’investissement ont présenté des bilans loin de refléter la réalité , raisonnant toujours en termes de dépôts de dossiers mais jamais en termes de réalisations effectives , l’écart durant ces 10 dernières années étant de plus de 80% dû à la fois aux entraves bureaucratiques , ( plus de 50% de frein à l’investissement qu’il soit local ou étranger) avec des changements périodiques de cadres juridiques , alors que le postulat premier est la stabilité pour plus de visibilité, de la sclérose du système financier, de la faiblesse d’un marché foncier libre, et d’une inadaptation du système socio-éducatif.

En fait la raison fondamentale est la panne de la réforme globale, l’Algérie depuis 1986 n’étant ni dans une économie administrée, ni dans une véritable économie de marché concurrentielle, supposant un Etat de droit , expliquant l’extension de la sphère informelle qui contrôle plus de 40% de la masse monétaire en circulation et donc les difficultés de régulation tant économique, politique que social.

2-Or, au moment où toutes les institutions internationales ( FMI, Banque Mondiale , CNUCED) annoncent une baisse de plus de 20 %des investissements direct étrangers dans le monde en 2008, les flux mondiaux d’investissements directs étrangers ayant atteint le montant de 1,4 trillion de dollars (1,05 trillion d’euros) en 2008, en baisse de 21% par rapport à 2007 , la chute devant être plus importante pour 2009, les instituts stratégiques arabes quant à eux prévoyant une contraction de plus de 60% des investissements projetés due à la perte en sous capitalisation de plus de 2500 milliards de dollars ( effets de la crise mondiale) et à une perte sèche dues aux placements hasardeux de plus de 500 milliards de dollars, voilà que le directeur général de l’ANDI, euphorique, affirme le 19 janvier 2009 « que l’investissement en Algérie n’est pas touché par la crise financière ».

Bien plus l’agence nationale de l’investissement (Andi) annonce pour 2008 un volume des investissements enregistrés en 2008 de 2 402 milliards de DA , le montant global des IDE en partenariat, en Algérie, étant passé de 145,7 milliards de DA en 2007, à 897,6 milliards de DA, le tout en 2008 avec 16 925 projets et la création de 196 754 postes d’emploi;

3- C’est que le bilan de l’ANDI ne tient pas compte ni de l’impact de la crise mondiale qui verra inéluctablement une baisse de la demande tant locale qu’internationale, en contradiction d’ailleurs avec le récent séminaire international organisée les 17/18 janvier 2009 par l’Assemblée Populaire Nationale (APN) , rejoignant le diagnostic de l’ensemble des experts internationaux pour qui la crise mondiale est durable donc structurelle et non conjoncturelle et pourrait affecter sérieusement ‘l’Algérie dès fin 2010, début 2011, tenant compte du stock de la dette inférieur à 4,9 milliards de dollars, et les réserves de change de 140 milliards de dollars servant temporairement d’amortisseurs et ce par le biais de la chute du cours du pétrole (le gaz étant indexé avec 50% du cours du pétrole) et de la dépréciation probable du cours du dollar , ni également de la dévaluation récente du dinar que ces 32 milliards de dollars le sont cours passé du dollar, l’actuel étant de 73 dinars un dollar puisque le dinar a été dévalué de 20% par rapport au dollar et 25% par rapport à l’euro depuis fin décembre 2008. Ce qui aura un impact sur le volume d’investissement projeté en baisse.

4-Par ailleurs ces déclaration récentes sont en contradiction avec le bilan dressé à la réunion du Conseil national de l’investissement (CNI), fin mai 2008 où il a été établi que sur 11 400 projets d’investissements nationaux et étrangers enregistrés en 2007 par l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), pas moins de 8000 concernent un seul secteur plus de 70%: les transports de personnes et de marchandises. Et que sur les 11 400 projets agréées par l’ANDI – donc ouvrant droit à d’importantes mesures de soutien de l’Etat- sont concentrés au niveau d’une dizaine de wilaya du nord du pays.

Plus inquiétant, sur tous les dossiers présentés, seuls 136 sont des investissements étrangers se concentrant surtout au niveau BTPH et les services avec une rentabilité à court terme, et donc étant attiré par les réserves de change étant sur d’être payé.

5- En résumé, les résultats des organismes chargés de l’emploi (ANDI l’ANSEJ autant que le CNAC-) sont mitigés malgré les nombreux avantages accordés , les deux premiers organismes ayant coûté au trésor public plus de 50 milliards de dinars ( bilan de mai 2008, beaucoup plus depuis ) pour couvrir les avantages fiscaux accordés aux investisseurs au titre de projets ANDI ou ANSEJ, puisque le nombre de projets réalisés inducteurs de valeur ajoutée et de création d’emplois à moyen et long terme est fortement limité.

Aussi, si le nombre de projets déposé a pu augmenter durant le dernier semestre 2008, (passage de 11400 à 16925 projets), il est donc peu probable qu’entre juin et décembre 2008, la tendance lourde ait été renversée.

Abderrahmane MEBTOUL