La wilaya d’Annaba autorise la construction d’un complexe hôtelier sur l’emplacement exact d’un ouvrage militaire datant de 1875, les travaux de démolition ont commencé au début du mois de février malgré les protestations des habitants du quartier.

 Si le degré d’évolution d’une civilisation se mesurait à la manière dont celle-ci traite ses vestiges historiques, nous aurions de quoi rougir en Algérie : que des sites splendides,  soient laissés à l’abandon faute de moyens ou par excès de négligence, c’est déplorable,  mais que des monuments, en excellent état, liés à l’histoire de la ville soient démolis pour laisser place à un hôtel, est une chose intolérable.

La Batterie des Caroubiers, appelée aussi par les Annabis Elfinga, est une fortification militaire construite en 1875.  Ce témoin de l’histoire de la ville  d’Annaba, qui a résisté aux tirs d’obus Allemands durant la première guerre mondiale, s’effondre près de deux siècles plus tard, simplement sous le coup des pelleteuses et l’insouciance des autorités locales.

Victime des prix de l’immobilier

Certains fatalistes vous diront que s’en est ainsi du progrès, qu’une ville en expansion doit trouver les ressources nécessaires afin d’offrir les meilleures infrastructures à une population dont le nombre ne cesse d’augmenter.

Certes ceci est totalement vrai, la ville d’Annaba connaît une croissance démographique galopante qui fait que  l’offre en matière d’habitat reste, malgré la frénésie de construction, inférieure à la demande.  Ajoutez à cela l’explosion du prix de l’immobilier et vous obtiendrez des situations ubuesques.

Jamais de son histoire l’immobilier en Algérie n’avait atteint de tels sommets : en quelques années seulement, le prix du mètre carré s’est trouvé multiplié par dix, voire plus dans les grandes villes.

Les terrains constructibles bien situés sont rares et s’échangent à des prix vertigineux ; un terrain au cœur de la ville avec vue sur mer comme celui où se trouve la Batterie des Caroubiers  se négocie au prix fort.

Questionnements

Annabis et Algériens  se demandent comment une telle ignominie a pu se produire?  Comment un tel gâchis culturel a pu s’abattre sur cette ville ? Pourquoi détruit-on une page de notre Histoire pour la remplacer par un complexe hôtelier ?

L’octroi d’un permis de construire et accessoirement d’un permis de démolition ne se fait pas d’un claquement de doigts, c’est une procédure assez contraignante et longue, qui avant d’être validée, est censée transiter par plusieurs entités, dont le service de l’urbanisme, celui de l’aménagement du territoire et de l’environnement, ainsi que la direction de la Wilaya.

On est en droit de se demander pourquoi personne dans ces différents services n’avait remarqué que le projet détruirait un monument historique ?

Monsieur Mohamed El-Ghazi, Wali d’Annaba depuis 2008, ignorait sans doute que sa main signait une autorisation de construire sur un emplacement  propriété de la mémoire collective algérienne.

Mobilisation

Nombre d’Algériens et d’Annabis refusent la résignation. En réaction à ce projet, une page de protestation : « Dénonçons la destruction du patrimoine historique algérien » se crée sur Facebook. Le nombre de sympathisants dépasse le millier de personnes en quelques heures et  l’action du groupe  se traduit pour l’instant par un envoi massif de courrier de contestations aux services concernés, une pétition circule également sur internet.

D’après les protestataires, le monument est peut-être à moitié détruit, mais tous les espoirs restent permis : Dans le meilleur des cas, il est encore temps de faire cesser les travaux et d’exiger sa reconstruction, et dans le pire des cas, nous refusons que cela se reproduise.  Nous taire face à ce qui se passe nous rendrait complices de ce massacre culturel.

 Nesrine Briki