Pour son premier meeting de campagne à Annaba, Louisa Hanoune, candidate du Parti des Travailleurs (PT), a voulu faire de la Coquette le symbole des travailleurs et surtout le point de départ pour son projet d’instauration de deuxième république. 

Ce dimanche 23 mars 2014, premier jour de la campagne officielle pour la présidentielle du 17 avril prochain, la quatrième ville du pays s’est réveillée sous les couleurs de la candidate du PT. Un peu partout, des affiches étaient collées sur les murs et les colonnes des immeubles européens du mythique Cours de la Révolution. Les axes routiers n’étaient pas en reste, puisque les automobilistes avaient le loisir de trouver des affiches accrochées à même les lampadaires des voies express des RN 16 et 44. L’ambiance était donc à la fête du PT et de sa candidate une bonne partie de la journée, puisque devant le Théâtre Régional Azzedine-Medjoubi où s’est tenu le meeting, un groupe folklorique avec tobla et zorna était là pour accueillir l’égérie du trotskisme à l’algérienne. A l’intérieur du théâtre, des chants patriotiques, mais aussi des chansons de Rabah Driassa  chauffaient la grande salle. Ceux qui souhaitaient entendre l’Internationale en avaient pour leur compte.

« Ya Annaba, ya Annaba ! »

Prévu à 15h, c’est avec quarante-cinq minutes de retard que le meeting a commencé avec une véritable déclaration d’amour de la candidate à la ville des Jujubes. « Ya Annaba, ya Annaba, a-t-elle commencé. Comme je suis heureuse d’être ici ». Et d’enchaîner : « je suis Bônoise d’adoption. C’est ici que j’ai commencé mes premiers combats. C’est ici que j’ai appris le militantisme. C’est ici que j’ai passé ma première nuit en prison. Et c’est dans cette salle que s’est tenue en 1978 la toute première rencontre des femmes algériennes. Je suis toute émue d’être ici parmi vous, d’être ici chez moi ». Mais très vite le démon de la politique l’a rattrapée après cette séance émotionnelle. Et de se lancer dans dans une attaque en règle sur tout ce qui a été entrepris depuis 2001, c’est-à-dire, depuis la privatisation du complexe Sider à El Hadjar et le rachat de ce dernier par le groupe ArcelorMittal. « J’ai toujours condamné cette privatisation, a-t-elle clamé. Tout comme je condamne celle du groupe Asmidal devenu Fertial. Cependant, aujourd’hui, nous assistons à la renationalisation de ces groupe, ce que nous applaudissons ». Sur le plan économique, elle n’est pas allée par quatre chemins, en affichant son antilibéralisme. « Nous sommes contre le libéralisme qui n’a fait que des dégâts dans notre pays, a-t-elle déclaré. Je suis contre l’accord d’association avec l’Union Européenne et la Zone Arabe de Libre Echange ».

« Je suis prête à assumer vos suffrages »

Puis elle s’est lancée dans une attaque en règle contre deux de ses concurrents sans les nommer, tout en étant cependant explicite : Ali Benflis, qu’elle désigne comme celui qui était chef du gouvernement en 2001 lors du « bradage du complexe Sider », ainsi que Belaïd Abdelaziz, candidat du Front El Moustakbel, qu’elle désigne comme étant « le plus jeune candidat et l’apôtre de l’ultralibéralisme ». S’étendant plus longuement sur le premier, elle l’a accusé de vouloir supprimer les contrats à durée indéterminée (CDI) pour les remplacer par les contrats à durée déterminée (CDD). Quant au second, elle lui a reproché de vouloir la fermeture des entreprises publiques et de donner des garanties aux multinationales, et la promesse de la suppression de la loi 51-49%. Elle s’est également voulu non interventionniste en se prononçant à la fois contre toute intervention étrangère en Algérie et contre toute intervention de l’ANP à l’extérieur de nos frontières. « Le peuple doit pouvoir faire la comparaison entre ceux qui ont déjà exercé le pouvoir et qui ont échoué et ceux qui n’ont pas eu l’opportunité d’être aux commandes du pays, a-t-elle conseillé. Moi, je n’ai exercé aucune fonction officielle, je suis prête à assumer vos suffrages ».

La deuxième république version PT

Et de lancer son appel qu’elle qualifie d’ « audacieux » : l’appel à l’instauration d’une deuxième république. « Il faut avoir l’audace de franchir le cap, il faut avoir l’audace d’instaurer cette deuxième république qui sera la solution à tout, a-t-elle tranché. Et ce ne sera possible qu’avec une rupture totale avec le système du parti unique ». Le tout sous les applaudissements d’une foule complètement subjuguée dont on se demande si elle a réellement compris les propos de la candidate trotskiste. D’ailleurs, beaucoup de citoyennes et de citoyens présents étaient persuadés que le prochain locataire d’El Mouradia serait Louisa Hanoune, à l’instar de ce groupe de jeunes étudiantes spécialement venues de l’université Badji-Mokhtar pour le meeting. « Voilà la présidente qu’il nous faut pour l’Algérie, ont-elle clamé. Non seulement c’est une femme mais elle représente l’avenir de l’Algérie ! » De quoi sans doute donner des idées aux trotskistes du monde entier…

 D’Annaba, Lakhdar Aït Mohamed Salah