Mimo Camussi, un Algérois installé en Allemagne, a créé, le 11 septembre dernier, une page Facebook intitulée « L’algérien pour les nuls ». Avec humour et pédagogie, cet informaticien explore les arcanes du parler algérien.

Comment est né ce projet d’enseigner la langue algérienne sur Facebook ?

C’est idée que j’ai depuis longtemps, mais qui végétait. J’ai toujours été attiré par cette langue, qui est ma langue de naissance et que j’ai parlée toute ma vie, mais que l’on connaît peu. En particulier, j’étais intrigué par les nombreuses expressions qu’on emploie sans vraiment les comprendre, par l’usage singulier de certains mots, et par tous les détournements qu’induit cette langue.

Mais je ne voulais pas enseigner l’algérien de manière trop académique. Quand on rit, on apprend, alors je voulais privilégier une approche sympa. J’ai donc créé cette page Facebook avec deux amis installés, comme moi, à Berlin.

Votre démarche est-elle également politique ?

Inéluctablement, oui. C’est une réaction à la politique d’arabisation massive, à laquelle j’ai moi-même été confronté lorsque je vivais en Algérie. D’ailleurs, si j’ai choisi de faire des études d’anglais, c’était en partie pour échapper à l’arabe. Je me suis dit que la seule chose qui ne pouvait pas être arabisée, ce sont les langues étrangères !

Je trouve ça extrêmement bizarre que l’algérien n’ait aucune existence politique ou scientifique. Mais vous savez, l’anglais, qui est aujourd’hui la langue internationale, était, pendant près de 4 siècles, uniquement un parler populaire, qui ne s’écrivait pas. Les Anglais le parlaient, mais dès qu’il fallait écrire, ils avaient recours au français ou au latin. Avec l’algérien, c’est exactement la même chose. L’algérien est un parler populaire, mais pour toutes les communications écrites on emploie des langues scientifiquement abouties comme le français ou l’arabe. Bien sûr, l’algérien a des limites. Il est quasiment impossible de tenir une conversation scientifique en algérien, car les mots manquent. Mais des artistes, comme Kateb Yacine, ont prouvé que l’algérien pouvait être une langue de littérature et de théâtre.

Le principal problème, c’est que les autorités ne se soucient guère de cette langue, elles préfèrent utiliser des langues importées comme l’arabe ou le français.

Comment définir la langue algérienne ?

L’algérien, je le définis au fur et à mesure, c’est une entreprise d’exploration de la langue. Donc je ne peux pas vous donner de définition définitive de la langue algérienne, d’autant que les Algériens en ont fait une langue autonome, qui n’obéit plus à des règles claires.

Ce qui est sûr, c’est que l’algérien est un mélange de nombreuses langues, dont l’arabe, le français, le turc, l’espagnol ou encore le latin. Cette langue est le miroir des cultures qui se sont successivement installées dans le pays jusqu’en 1962.

Du coup, sur la page « L’algérien pour les nuls », je procède souvent par comparaison avec les langues liées à l’algérien. Par exemple, j’explique que le fonctionnement du verbe être en algérien est similaire à ce qui se fait en espagnol.

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Capture d’écran de la page Facebook « L’algérien pour les nuls »

Vous êtes obligé, du fait du format choisi, d’écrire l’algérien. Comment avez-vous déterminé votre système d’écriture ?

La prochaine leçon, que je n’ai pas encore eue le temps de poster, portera précisément sur la question de la phonétique. On n’a pas toujours les caractères qu’il faut pour reproduire les sons de la langue, du coup on utilise notamment les chiffres. Mais je pense qu’il faut essayer de « staliniser » tout ça.

Par ailleurs, c’est compliqué, et un peu frustrant, d’enseigner à l’écrit une langue essentiellement orale. Mais on fait avec ce qu’on a. Pour le moment, je n’ai pas trop le temps, mais on pourrait envisager la création d’une partie orale, des podcasts sur YouTube notamment.

Avez-vous déjà des retours d’internautes qui suivent assidûment vos leçons ?

Oui, les premiers retours sont très positifs ! La principale critique est venue d’internautes qui nous ont demandés de ne pas mettre que de l’algérois. Ceux-là nous envoient des mots et des expressions de leur région sur lesquels ils veulent avoir des explications.

Au début, on a eu près de 1 000 mentions « j’aime » en trois jours, j’étais le premier étonné. Mais je sais depuis longtemps que les Algériens s’intéressent à leur langue.

On est tenté d’être pessimiste, parce qu’on ne voit rien. Même le kabyle ne parvient pas à aboutir, alors pour l’algérien, on est à des années lumières d’une reconnaissance officielle. Mais il y a un véritable engouement des Algériens. C’est là où se niche l’espoir !

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