Un domaine d’activité s’annonce comme particulièrement prometteur pour les assureurs algériens. Il s’agit de la branche des assurances de personnes. Son potentiel est jugé très important et certains analystes n’hésitent pas à l’estimer à plusieurs milliards de dollars. Une perspective qui reste pour l’heure encore très lointaine…

Ce qui n’empêche pas les compagnies présentes sur le marché d’afficher leurs ambitions et leurs produits publicitaires d’avoir fait, ces derniers mois, une apparition remarquée dans les médias et l’espace public. Nacer Aberhouche, le jeune PDG de TALA-assurance, filiale de la CAAT, veut prendre « 40% du marché dès 2015 ». Plus mesurés, les objectifs de la filiale spécialisée du groupe AXA Algérie visent quand même une part de marché de 17% en 2015. Quand à Macir-Vie, nouvelle compagnie issue de la scission de la CIAR, elle ambitionne de faire croître au rythme de 10% par an un chiffre d’affaire qui était déjà de 400 millions de dinars l’année dernière.

Des perspectives qui risquent de tarder à se concrétiser. On sait que depuis le 1er juillet 2011, l’ensemble des compagnies d’assurances algériennes ont été tenues de séparer les assurances de personnes et les assurances de dommages en créant des filiales distinctes. Au moment de la date butoir, en dehors de Cardif, filiale de BNP Paribas qui était active depuis déjà plusieurs années sur le marché algérien, seules les trois compagnies publiques avaient constitué des filiales spécialisées et étaient donc autorisées à souscrire et à commercialiser des produits d’assurance de personnes. Elles ont été rejointes tout d’abord par la nouvelle compagnie Macir-Vie créée par la CIAR, première compagnie privée algérienne par le chiffre d’affaires ainsi que par la filiale assurances de personnes d’AXA Algérie. De nouveaux acteurs  qui ne sont plus que 7 pour l’instant et qui n’ont pas pu empêché, dans un premier temps, la chute brutale du chiffre d’affaire des assurances de personnes qui n’a pas dépassé 1 milliard de dinars au premier trimestre 2012, divisé par deux par rapport à la même période de 2011. Heureusement, l’activité a redémarré fortement au deuxième trimestre de l’année en cours et les chiffres publiés voici quelques jours par le Conseil national des assurances (CNA) indique que pour le premier semestre 2012 le chiffre d’affaire des assurances de personnes dépasse déjà 6% de la production du secteur. La machine est donc en route et on devrait dans une première étape retrouver très vite les niveaux de production antérieur à la réorganisation du secteur.

De larges alliances internationales

Les nouveaux acteurs  de la branche des assurances de personnes, désormais spécialisés, se sont donnés les moyens de réussir. La plupart d’entre eux s’appuient sur de larges alliances souvent ouvertes à des partenaires internationaux et qui privilégient la nouvelle activité de la bancassurance. Le tandem CNEP-Cardif avait ouvert la voie dès 2008. Il a depuis été imité par l’ensemble des compagnies publiques qui ont formé des attelages associant les banques publiques au capital des nouvelles entités créées en juillet 2011. L’exemple le plus illustratif de cette démarche est la constitution de la SAPS qui est une filiale commune de la SAA, numéro un du secteur et de la MACIF française qui se sont associés à la Badr et à la BDL. La filiale algérienne d’AXA s’est également pliée à cette règle en signant avec la BEA.

L’avantage le plus visible de ces associations réside d’abord dans la constitution de vastes réseaux de distribution « multi canal » qui vont utiliser à la fois le réseau propre des compagnies d’assurance et les points de vente constitués par les agences bancaires.

En attendant les nouveaux produits

Pour développer un marché au « potentiel reconnu », les compagnies vont devoir affronter d’abord le défi de la diffusion des produits existants et ensuite celui, plus ardu, de la conception de nouveaux produits adaptés aux besoins des algériens. Le PDG de Cardif El Djazair explique :

« Pour l’instant nous concentrons toute notre attention sur les produits de prévoyance. Nous faisons de l’assurance emprunteur. Nous travaillons sur la santé et les produits d’assistance. On a également un produit pour le rapatriement des corps ».

Du coté de la SAPS, on a commencé par récupérer le portefeuille de la SAA. Un  portefeuille constitué essentiellement d’assurances individuelles accidents ou décès, qui restent pour l’heure les produits phares du marché algérien, ainsi que d’assurances voyage et rapatriement de corps, et d’assurances collectives groupes pour les entreprises souhaitant protéger leurs salariés dans le domaine de la prévoyance santé.

Pour l’instant, les nouveaux produits se font un peu attendre. Macir-Vie vient de lancer un produit spécial Hadj et Omra. La SAPS lance une assurance emprunteur de prêts immobiliers et annonce que ses projets portent également sur la mise au point de produits d’assurance santé ou de produits de prévoyance qui seront adaptés spécifiquement pour les clients algériens. AXA Algérie propose en plus des classiques assurances voyage et décès, des produits plus originaux comme une assurance accidents de la vie et une assurance scolaire. Les assureurs ne manquent pas d’idées et on évoque déjà parmi une foule d’autres projets, le lancement d’une « assurance nuptialité » qui permettra de préparer le mariage des enfants, ou encore d’une assurance études qui financera  leur passage à l’université. Des produits qui n’ont plus qu’à trouver leur clientèle.

Hassan Haddouche

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