La ville de Berriane dans la wilaya de Ghardaïa a été de nouveau le théâtre de violents affrontements entres les deux communautés mozabites et chaâmbas, vendredi 30 janvier 2009.

Selon l’APS, le bilan de ces échauffourées intercommunautaires- ou interreligieuses, comme s’aventurent à l’expliquer certains observateurs- est de 27 blessés dont deux grièvement. Concernant les pertes matérielles, la même source indique en reprenant un communiqué de la wilaya de Ghardaïa que « Cinq incendies, entre locaux commerciaux et habitations, ont également été enregistrés lors de ces incidents (…) et que l’intervention des services de sécurité à permis le retour au calme ». Le communiqué se termine par un appel au calme lancé par le wali de Ghardaïa qui demande un retour « à la sérénité et à la sagesse qui doivent prévaloir en toute circonstance ».

Le journal français Le Figaro, qui reprend l’APS, évoque pour sa part la mort de deux personnes en citant toutefois des sources sécuritaires algériennes.

Par ailleurs, le Figaro publie un extrait des déclarations de la section de Berriane du RCD, rendu public vendredi dans la soirée, et dans lequel le parti de Saïd Saadi dénonce les « mesures approximatives » prises par les autorités après les émeutes sanglantes du 19 et 20 mars 2008. « Depuis la rentrée scolaire, tous les jours des élèves des deux lycées du quartier Madagh sont la cible de jets de pierres. Les mesures approximatives prisent par les responsables n’ont fait qu’ aggraver la situation qui devient de plus en plus tendue. A noter aussi que le café Mazigo situé au grand rond point de la route nationale n°1 , est ciblé souvent par des jets de pierres. La situation s’est beaucoup aggravée, notamment ces deux dernières semaines, où plusieurs citoyens ont été tabassés sans qu’il n y ait aucune suite ou arrestation des auteurs qui sont souvent identifiés par les victimes !(…) En ce moment et après 4 heures de l’éclatement des émeutes les affrontements continuent et la situation laisse à craindre le pire à la tombée de la nuit. », peut-on lire dans l’article du journal français.

D’autres part, le site communautaire mozabite d’opposition, mzabnews.org , donne un autre son de cloche sur ces évènements. Sur un ton de reproche, il reporte comment le jeune « Bachir Benzaet, âgé de 16 ans, a été envahi dans sa maison familiale dans le quartier de Haï Bab El Saad, avant d’être jeté de la terrasse dans la rue, puis lapidé à mort par ses assaillants ». Selon ce journal sur internet, « les forces de l’ordre présentes en force dans le quartier, depuis le mois de mars 2008, après les premières émeutes, n’ont pas intervenu pour mettre un terme aux agressions contre les familles des quartiers ciblés par les émeutiers ». Et au mzabnews.org de s’interroger sur les raisons de ces agressions et « pourquoi ont-elles eu lieu à cette date précise et dans ce quartier précisément ? ».

Aussi, reproche-t-il « aux autorités locales le fait qu’elles n’aient pas fait le nécessaire pour protéger les civils innocents ». Enfin, l’article n’exclue pas une propagation de ce genre d’émeutes à d’autres villes du pays, et rappelle « la responsabilité de tous les algériens, particulièrement les personnalités nationales, les intellectuels, les journalistes indépendants, les opposants politiques et les organisations de défenses des droits de l’homme, dans la dénonciation de ces affrontements politiques dont sont victimes d’innocents citoyens algériens… ».

Quant à l’origine de ces affrontements, Pierre-Philippe, professeur d’anthropologie à l’université de Paris VIII interrogé en marge du colloque sur les d’études avancées de Nantes et le CREAD, les 31 mai, par le journal El Watan, explique en évoquant les conflits récurrents entre les communautés mozabites et chaâmbas, qu’il s’agit là d’un phénomène davantage imputable à des problèmes sociologique qu’a des différends d’ordre religieux.

Synthèse algerie-focus.com

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