Plus sérieusement, Laurent Fabius nous donne des nouvelles de notre Président, hospitalisé à Paris et semble avoir “autorité” à le faire. Ce qui devait être qu’une allusion à la présence du président Bouteflika sur le territoire français s’est transformé au fil de son absence, qui dure depuis plus d’un mois, en une réelle stratégie de communication par une tierce partie.

Car, dans le cortège des rumeurs entourant l’hospitalisation de Bouteflika, et les vraies-fausses informations sur son retour au pays et aux affaires, seule la voix du Quai d’Orsay, et maintenant celle de l’Élysée, semblent les plus audibles et les plus crédibles. C’est sur France Inter que Laurent Fabius a poursuivi sa démarche de communicateur pour le bien de la Présidence algérienne.

À une question sur la santé du Président algérien, le MAE français a indiqué que “nous avons fait un communiqué. Le président Bouteflika a été traité au Val-de-Grâce, il est maintenant en convalescence dans un autre établissement. Quant à la situation purement médicale, c’est le service médical et le secret médical qui s’appliquent”.

Cela a le mérite d’être clair, concis et précis à mille lieues des élucubrations des uns et des ballons de sonde des autres. Reste à savoir pourquoi Fabius répond sans aucune gêne à une question sur l’état de santé du Président algérien.

A-t-il été mandaté par la partie algérienne ? A-t-il ses entrées au Val-de- Grâce ? Est-ce que l’Élysée s’est substitué à El-Mouradia ? Y a-t-il une sous-traitance dans le domaine de la communication qu’on ignore ?

À toutes ces questions, il serait utile de revenir au contexte politique de ces décélérations qui ont, tout de même, le mérite de combler le vide sidérant d’une communication d’État en Algérie, encore en proie à l’amateurisme.

Dans la journée de vendredi, c’est le président Hollande en personne qui enfonce le clou en déclarant que le président Bouteflika “est en convalescence dans l’établissement des Invalides (un hôpital militaire parisien) où il se voit prodiguer tous les soins nécessaires et il aura ensuite à rentrer, j’espère le plus vite possible, dans son pays”.

Pour comprendre cette volonté insistante du gouvernement français à prendre en charge la parole présidentielle algérienne, il faudrait probablement revenir au “pacte de Tlemcen”.

Un échange d’amabilité qui s’est déroulé entre le président Bouteflika et son homologue français, François Hollande, lors de son passage à Tlemcen en décembre 2012 où ils se sont promis de dire du bien l’un de l’autre au nom d’une amitié naissante et pas encore démentie.

Ce qui devait être des petites phrases médiatiques s’est avéré être une sorte d’accord tacite que Hollande semble avoir pris au pied de la lettre. Du moment que Bouteflika est à Paris, en visite privée ou en hospitalisation d’urgence, le président français protège son hôte, aussi bien politiquement que médiatiquement.

D’ailleurs, Hollande va même à rassurer sur l’état des institutions algériennes en ajoutant, hier, “ne pas croire à un risque de chaos sur la succession au sommet du pouvoir algérien (…)

Il y a une solidité des institutions algériennes, c’est aux Algériens de déterminer leur avenir, des élections sont prévues en 2014 et je fais confiance à ce processus”. Au regard de la bérézina de la communication officielle à Alger, l’Élysée a fini par imposer le timing de cette communication.

Car, durant 40 jours, la communication algérienne a plongé dans un trou béant. Elle est passée du Pr Bougharbal qui s’est vu bombardé “porte-parole médical” sans avoir rien demandé, à Abdelmalek Sellal qui n’arrive plus à faire un déplacement de travail sans qu’on le harcèle de questions sur la santé du Président.

Déjà que le Premier ministre a la double charge d’assurer son agenda et celui du Président avec les audiences accordées à des invités de marque, on lui demande, également, de s’exprimer sur un sujet sur lequel il ne peut être à l’aise.

Car, disons-le, la communication gouvernementale sur la question est depuis le début tributaire de la communication familiale. Échaudé par l’épisode de 2005, l’entourage du président Bouteflika semble avoir privilégié un balisage de la communication sur un mode privé et non plus officiel et public. Ce qui perturbe aussi bien les messages que les signaux.

Le message principal pouvant découler d’une bonne intention de protéger le Président et le secret médical, mais le signal qui arrive à Alger est que Bouteflika est davantage un chef de clan souffrant qu’un Président dont l’état de santé inquiète ses compatriotes. Ainsi, cette situation de blocage paralyse l’ensemble des institutions. Qui a autorité à dire quoi ? Qui peut répondre aux questions légitimes des Algériens ?

Il semble bien que Laurent Fabius s’est intelligemment engouffré dans cette brèche pour distiller des informations, même parcellaires, mais qui marquent des étapes dans l’agenda de retour du président Bouteflika.

Exit notre ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, dont on n’a pas entendu la voix (ce qui est une habitude et pas seulement sur ce sujet). Exit également la direction de la communication de la Présidence dont on mesure allègrement l’utilité aléatoire en ce genre d’occasion.

Exit aussi tous ceux qui prétendent parler au nom de l’entourage du Président dans le concours connu depuis des années à Alger qui consiste à indiquer que “c’est Saïd qui m’a dit…”

Maintenant que le Quai d’Orsay a pris les choses en main, puisqu’il nous avait déjà annoncé le survol des Rafales de notre territoire, ainsi que la sortie de Bouteflika du Val-de-Grâce, il ne serait plus indécent de nous annoncer quand notre Président va rentrer à Alger…

Lu sur Liberté

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