En Algérie, nous ne sommes pas tous égaux devant la mort. Preuve en est, le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, s’est montré très touché  par le décès de Roger Hanin, l’acteur français né en Algérie qui a longtemps incarné le célèbre commissaire Navarro. En revanche, le décès d’Assia Djebar, la grande écrivaine algérienne décédée elle-aussi au cours cette semaine, n’a suscité presque aucune  émotion chez Abdelaziz Bouteflika.

Au Palais d’El-Mouradia, on préfère, décidément, le commissaire Navarro aux romans d’Assia Djebar, traduits et lus dans le monde entier. Mercredi, le réalisateur français  Alexandre Arcady a révélé à la presse française que le Président Bouteflika a réagi rapidement au décès de Roger Hanin. Il a donné non seulement son accord pour qu’il soit enterré en Algérie, mais il a dépêché aussi « son avion pour que son corps soit ramené au cimetière Saint-Eugène, pour qu’il repose à côté de son père à Alger ».

Une réaction, certes noble et honorable, mais qui tranche paradoxalement avec l’indifférence étonnante manifestée à l’égard de l’écrivaine Assia Djebar, une figure incontournable de la littérature algérienne connue dans le monde entier. Celle-ci n’a eu droit qu’à un simple communiqué de la Président de la République où Bouteflika reconnaît qu’Assia Djebar a « reflété avec grâce et éloquence, l’image de l’Algérie ». Un communiqué rendu public plus de trois jours après le décès d’Assia Djebar, morte le vendredi 6 février dernier. Un hommage simpliste et tardif alors que le Président français François Hollande s’est exprimé dans les heures qui ont suivi l’annonce de la mort d’Assia Djebar pour lui rendre un hommage solennel.

En plus, la dépouille de l’écrivaine algérien n’aura droit ni à l’avion présidentiel ni au moindre traitement de faveur. La dépouille de la défunte sera acheminée jeudi vers sa ville natale, sitôt arrivée à l’aéroport international Houari Boumediene, pour être ensuite déposée à la bibliothèque communale de Cherchell. La dépouille de cette icône de la littérature algérienne et mondiale sera exposée rapidement au Palais de la Culture à Alger en présence de quelques artistes et de la ministre de la Culture. Une cérémonie très modeste, pour ne pas dire ridicule, qui ne correspond nullement au prestige de cette écrivaine citée pour le Prix Nobel de la Littérature ! Assia Djebar n’aura donc aucunement droit à des funérailles dignes de ce nom  comme se fut le cas pour Warda Al-Jazaïria ou d’autres artistes algériens. Pourquoi une telle absence de considération pour la grande Assia Djebar ?

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