Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas rendu en France pour se soigner. Pourtant, c’est dans ce pays qu’il a effectué toutes ses visites médicales. Depuis son ulcère hémorragique de 2005, Abdelaziz Bouteflika a multiplié les hospitalisations dans ce pays, d’abord au Val-De-Grâce à Paris, ensuite à Grenoble, au niveau de la clinique d’Alembert où officie le médecin personnel de Bouteflika, le cardiologue Jacques Monségu. 

« Quand je lui avais annoncé ma volonté de quitter Paris, il m’avait dit : Partout où vous serez, j’irai. Et il est venu », avait confié ce médecin lorsqu’il avait été interrogé en décembre 2014, sur ses relations avec le Président Bouteflika. Jacques Monségu avait même donné des détails éloquents sur très forte relation de confiance qui l’unit au président algérien. En 2014 comme en 2015, c’est dans le même établissement grenoblois, que Bouteflika avait subi ses « contrôles médicaux périodiques ».  Cependant, en 2016, tout semble avoir changé. Le chef de l’Etat a été transféré, à la surprise générale, vers Genève. Cette évacuation intervient au moment où le Président est apparu dans une posture très alarmante et inquiétante lors de son entrevue avec le Chef du gouvernement français, Manuel Valls.

Mais, et c’est le plus surprenant, cette hospitalisation intervient dans un contexte marqué par de très vives tensions politiques entre l’Algérie et la France. Quelques jours après un tourbillon de critiques formulées par les dirigeants algériens les plus influents, d’Ahmed Ouyhaia à Amar Ghoul, Bouteflika se retrouve à subir des soins dans un autre établissement que celui qu’il fréquente habituellement.

D’après de nombreuses sources concordantes et généralement bien informées, au palais d’El-Mouradia, on ne fait plus confiance aux Français depuis l’affaire du tweet de Manuel Valls. La famille Bouteflika voit, en effet, d’un très mauvais œil leur retour dans un établissement sanitaire français. « Une autre fuite orchestrée pour ridiculiser et humilier le président aurait été catastrophique. Il fallait ne prendre aucun risque. On sent chez les officiels français une volonté délibérée d’instrumentaliser la maladie du chef de l’Etat pour faire pression sur des dossiers stratégiques restés en suspens entre Alger et Paris », croit savoir un lobbyiste très proche du cercle présidentiel.

La Présidence algérienne veut-elle donc prendre ses distances avec la France en décidant de transférer, cette fois-ci, Abdelaziz Bouteflika en Suisse ? Fort probable. Décidément, entre Alger et Paris, la confiance n’est plus de mise…