L’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo fait tristement la Une de l’actualité aujourd’hui. Ce célèbre organe de presse, fervent défenseur de la liberté d’expression et connu pour son esprit piquant, a été touché par un effroyable attentat terroriste aujourd’hui mercredi 7 janvier, qui a coûté la vie à 12 personnes dont 4 figures emblématique du journal : Charb, Cabu, Tignous et Wolinski. En hommage à la rédaction de Charlie Hebdo, retour sur les grandes heures, sulfureuses ou heureuses de ce journal.

Les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo avaient la plume bien aiguisée. Armés de leurs claviers, stylos et crayons, ils n’ont jamais hésité à heurter, fâcher ou à se faire des ennemis pour s’exprimer librement. «En 19 ans de Charlie Hebdo, on a eu treize procès avec l’extrême droite catholique et on a eu un procès avec les musulmans», notait-il, ajoutant: «Et il se trouve qu’on parle cent fois plus des dessins qui concernent les musulmans que de ceux qui concernent les catholiques, les juifs, les bouddhistes ou les autres religions.» Ces propos sont ceux de Charb, directeur du journal depuis 2009, qui s’est éteint aujourd’hui sous le feu des balles de la haine et de la barbarie. Stéphane Charbonnier, dit Charb disait : « Je préfère mourir debout que vivre à genoux ». Charb et ses collègues sont morts en libres-penseurs.

A l’origine, la création de Charlie Hebdo est la conséquence de l’interdiction du journal Hara-Kiri, par le ministère de l’Intérieur après une Une, qui annonce en 1970, la mort du Général de Gaulle sous le titre : «Bal tragique à Colombey: 1 mort» (en référence à l’incendie d’une discothèque de Saint-Laurent-du-Pont, près de Grenoble, où plus de cent jeunes gens étaient morts quelques jours auparavant). Le journal est officiellement censuré pour pornograpgie (des « zizis repus » avaient été déssinés par Willem et Cabu dans les numéros précédents). Dans la foulée, Cavanna, le rédacteur en chef d’Hara-Kiri, et ses acolytes Cabu, Reiser, Wolinski, Willem, Choron, Desproges, Coluche entre autres, donnent naissance à Charlie Hebdo (en référence au mensuel Charlie lancé en 1969 par Cavanna, Choron et Delfeil de Ton). C’est l’histoire récente de Charlie Hebdo qui pourrait expliquer les raisons de cet attentat terroriste. Le 8 février 2006, le journal publie les caricatures danoises (Jyllands-Posten en 2005, et qui avaient provoqué une flambée de violence dans le monde musulman) du prophète Mahomet dans un numéro spécial.
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La couverture de ce numéro représentait le prophète la tête dans les mains, complètement désespéré d’être «débordé par les intégristes» en lui faisant dire «C’est dur d’être aimé par des cons». Franc succès, 400 000 exemplaires vendus, la scène médiatique donne plus d’ampleur à cette couverture. La machine est lancée. Le journal continue par la suite à s’élever contre l’intégrisme religieux en publiant notamment « ensemble contre le nouveau totalitarisme ». La résistance se poursuit.

Le mois de mars 2007 sera marqué au Tribunal de Grande Instance de Paris par l’ouverture du procès intenté à Charlie Hebdo par la Grande Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale, au sujet des caricatures du prophète. Le journal sera relaxé par la justice. Depuis, Charlie Hebdo, comme tous ceux qui osent parler librement et tourner en dérision la religion, se trouvait dans le collimateur des religieux et principalement des intégristes.

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Plus étonnant encore, le prochain numéro (le 7) du journal satirique prévoyait de faire sa Une sur « les prédictions » de Michel Houellebecq (beaucoup de débats ont émergé récemment autour du livre « Soumission » de l’écrivain), qui relançait encore la polémique sur la question de l’Islam en France. L’un des derniers dessins de Charb est presque une vision prophétique de l’horreur qui allait lui coûter la vie quelques heures plus tard. Le dessinateur a réalisé  la caricature d’un djihadiste armé d’une kalachnikov auquel il a fait dire « Toujours pas d’attentats en France : attendez, on a jusqu’à la fin janvier pour présenter ses vœux » Quelques pages plus loin, le dessinateur a réalisé un portrait du leader de l‘État islamique, Al Baghdadi, lui faisant dire ses vœux de fin d’année « Et surtout la santé ! ». La rédaction de Charlie Hebdo publiait dans le dernier numéro en kiosque aujourd’hui, 7 janvier, une autre caricature moqueuse à propos des décapitations perpétrées par les terroristes en Irak : « Les jeunes aiment le djihad», sous la plume de Willem.

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Il semblerait, selon les sources présentes sur place, que les trois terroristes à l’origine de ce carnage se revendiquent d’un mouvement islamiste. La liberté d’expression a payé un très lourd tribu ce 7 janvier. Date noire, qui restera inscrite en lettre de sang dans l’histoire de la presse. L’année 2015 commence aussi tristement qu’elle s’est terminée avec la mort de 132 enfants assassinés dans une école au Pakistan au nom d’un islamisme mortifère. Il est de plus en plus difficile de parler librement sans avoir a subir une fatwa ou les menaces des intégristes, comme en témoigne la récente affaire autour de Kamel Daoud.

Hélas, le monde en 2015 est un drôle de bouquet hétérogène. Beau par endroit, pourri et affreux ailleurs. Ce bouquet souffre de gangrènes qui affectent son cœur et ternissent ses pétales. L’une d’entre elle frappe partout actuellement : c’est l’extrémisme. Le poison de ces fous, qui partout se réclament de Dieu, se répand comme la peste jadis. Et à l’instar des virus, il touche d’abord les plus vulnérables, les démunies, les sans-défenses. Il s’attaque à tous ce qui est libre, insoumis, provocateur. Leur venin se déverse dans le sang, exterminant les idéaux, la culture, et tout ce qui est beau. L’extrémisme n’est pas une religion. L’extrémisme n’est pas une identité. C’est une folie, une maladie qui salit et sème partout la terreur. Hommage à ces 12 personnes disparues de façon cruelle ce 7 janvier 2015, causant dans le même temps la perte de journalistes emblématiques et « la disparition » du journal Charlie Hebdo, touché en plein cœur.