C’est une  catastrophe majeure qui pourrait se produire sur la RN5 au niveau de Tidjelabine : La route nationale qui relie  la capitale à la Kabylie risque tout simplement de s’effondrer entrainant de nombreuses constructions à proximité , usines et hôtels, ainsi que l’énorme conduite d’eau  qui alimente la région d’Alger à partir du barrage de keddara.

Le signal d’alarme a été tiré à plusieurs reprises par un chef d’entreprise de la région, M.Rachid  Kechaibia, qui après avoir  commandé rapports d’expertise sur rapports d’expertise ,à ses propres frais,  et alerté les autorités à plusieurs reprises,  vient de décider de fermer son entreprise, et de mettre ses travailleurs en congé  à la veille du ramadhan, car il craint tout simplement que la « montagne  tombe sur la tête » de ses  employés.

M.Rachid  Kechaibia n’est pas précisément ce qu’on pourrait appeler un fantaisiste .Son entreprise, située à proximité de la Route nationale 5, emploie 110 personnes et produits chaque année depuis sa création en 1988 plus de 5000 tonnes de produits finis , des supports métalliques , des  mats de hauteurs élevées et des enseignes  utilisés notamment pour l’éclairage des stades et des pistes d’aéroports .Ses principaux clients sont la direction des sports du MJS mais aussi l’aéroport d’Alger , les nouveaux centres commerciaux et même le ministère de la défense nationale … L’entreprise  génère chaque année plus de 800 millions de dinars de chiffre d’affaire et a été classée premier contribuable privé de la Wilaya de Boumerdès.

«Nos matières premières viennent du complexe sidérurgique d’El hadjar et  nous avons permis l’arrêt des importations dans notre domaine d’activité»,  annonce fièrement le patron de la SARL kechaibia  dont l’entreprise est localisée  à TIDJELABINE ,juste en dessous et à droite de la RN5 ,un peu avant le marché de voitures en allant vers Boumerdès et Tizi Ouzou.

 

La colline a commencé à bouger en 2008

Vu de l’usine , le site est impressionnant, les ateliers  et les bureaux ainsi que les logements destinés aux travailleurs sont surplombés par une immense colline au sommet  de laquelle on distingue l’intense circulation de la RN5. «Jusqu’en 2008 nous n’avons pas eu de problèmes , se souvient Rachid Kechaibia , la colline a commencé à bouger avec la disparition des grands arbres, principalement des eucalyptus, qui ont été brulé et qui jouait sans doute un rôle de stabilisation du sol». Le phénomène de glissement de terrain s’et amplifié au cours des dernières années .Des eaux stagnantes et des tonnes de terre  ont commencé à envahir les ateliers et à soulever le niveau du sol .

La colline faisant partie d’un terrain domanial propriété de l’Etat , le chef d’entreprise s’adresse dès 2008  à la wilaya qui ne réagit pas .Confronté à des mouvements de terrain de plus en plus important il se résout, pour sauver son usine, à  commencer déblayer. Débute alors un ballet incessant de camions  qui vont transporter au fil du temps des milliers de tonnes de terre pour empêcher que l’usine soit complètement submergée .Le coût total de cette intervention sans cesse renouvelée est faramineux ; Elle a déjà nécessité un investissement de près de 65 milliards de centimes en absorbant la totalité des bénéfice réalisés par l’entreprise depuis près de 10 ans.

Des rapports d’experts de plus en plus alarmants

Du côté des autorités locales, toujours pas de réactions malgré  de nombreux déplacements à la Wilaya et les  nombreux cri d’alarme , étayés par des rapports d’expertise ,de Rachid Kechaibia. Les évènements se sont accélérés depuis le début de l’année 2016.En février le CTC centre  recommande , pour stopper l’avancée de la colline et stabiliser le sol  ,la construction d’un mur de soutènement de 15 mètres de profondeur et de plus de 100 mètres de long . « Des travaux dont le budget est hors de portée d’une PME et  qui doivent, de surcroit,  être effectué sur un terrain appartenant à l’Etat »  affirme Rachid Kechaibia.

Le dernier rapport en date est particulièrement alarmant ,c’est celui d’un expert en risques industriels qui a passé près d’une semaine sur le site en mai dernier .Il souligne les risques immédiats  non seulement pour l’usine mais également pour un hôtel situé en amont qui est menacé d’effondrement .Le même rapport d’expert mentionne les signes évidents ,et déjà apparents ,d’affaissement du terrain au niveau de la Route Nationale 5 .Il signale également la menace qui pèse  sur l’énorme conduite d’eau reliant le barrage de Keddara à Alger  qui longe la route et se trouve désormais à nue sur une longueur de plus de 10 mètres.

Les conclusions de l’expert ne laissent aucun doute  à Rachid Kechaibia. Après 10 d’efforts solitaires et infructueux, le risque est à présent  très élevé pour la vie des travailleurs .Il doit évacuer son usine d’urgence faute de quoi c’est la sécurité de ses employés n’est plus assurée .A la veille du Ramadhan , il adresse une dernière correspondance au Wali de  Boumerdès pour l’informer de la situation et des dangers qui guettent l’ensemble du site avant de mettre son personnel en congé pour une durée indéterminée.

Hassan Haddouche