Que devient la wilaya de Chlef ? Plus de trente ans après le dernier violent séisme qu’a connu cette région algérienne, rien ne semble avoir changé, le temps s’est figé aux dépens des milliers de familles qui subissent encore les dramatiques conséquences d’une série de catastrophes naturelles.

L’heure est au bilan à Chlef, cette wilaya que le temps et les séismes ont sinistrée. La LADDH de Chlef, publie un rapport sur la situation des villes de la région qui ont subi d’importants dégâts, et qui sont toujours en attente d’une réparation. En dépit de la violence des secousses et de l’engagement des autorités de Chlef, de nombreux bâtiments, et essentiellement des habitations n’ont jamais été réhabilités. De nombreuses familles sont encore logées dans des préfabriqués. La LADDH dénonce dans son rapport une gestion chaotique dans le processus de relogement des ménages sinistrés. L’organisation, déplore notamment « le fait que l’éradication prévue des 18 163 habitations en préfabriqué, est reportée aux calendes grecques. »  Et d’ajouter, qu’il s’agit des « tracasseries bureaucratiques et techniques qui bloquent cette importante opération censée éliminer cette grande plaie qui défigure fortement le paysage urbain. Le maigre bilan des réalisations présenté par l’administration ne fait que confirmer le triste constat des habitants de Chlef. »

Vies précaires

En effet, le logement reste la grande plaie de Chlef. Les habitations sont marquées par les stigmates de ces séismes en série qui ont ébranlé cette région située à environ 200 km à l’ouest d’Alger. Ce sont au moins 9 violents séismes en un siècle qui ont bouleversé l’histoire et le paysage de toute une wilaya. Le dernier date du 10 octobre 1980, il s’était produit à El Asnam le chef-lieu de Chlef. Il avait fortement endommagé les bâtiments et les systèmes vitaux de la région de Chlef. 2 700 personnes avaient alors péri dans cette catastrophe, et plusieurs milliers avaient été blessés. 33 ans plus tard, les dégâts restent marqués dans la pierre, celle de l’immobilier de cette région. Dans l’urgence, les familles avaient été relogées temporairement dans des préfabriqués, dans l’attente de la dernière étape, celle du relogement. Et pourtant ces habitations de fortune font encore partie du paysage de Chlef. Les délais de relogement ont été plus que dépassés.

Les freins à ce relogement

Les habitants de la région de Chlef vivent encore aujourd’hui dans des conditions précaires. La majorité des ménages ne gagne qu’un salaire oscillant entre 18 000 et 30 000 dinars par mois, et même si les victimes de cette situation bénéficient d’une aide à la reconstruction, d’un montant de 128 millions de centimes, cela ne suffit pas pour rebâtir des biens immobiliers.  «Bien que l’aide octroyée reste modeste, nous avons tout de même souscrit à ce processus et entamé la procédure de remplacement de nos baraques, mais c’était compter sans les obstacles de toutes sortes qui allaient ralentir, voire freiner notre projet», ont indiqué des chefs de famille à la LADDH.

D’où vient le problème ? La question est légitime lorsque trente années n’ont pas suffi à reloger des familles et réhabiliter une région. Pour les habitants de Chlef, «les responsables locaux n’ont pas tenu leurs engagements quant à la mise en place des mécanismes de soutien aux bénéficiaires à travers, notamment, l’implantation de points de vente de matériaux de construction. » A la fin de l’année 2012, précise la LADDH, il n’y avait que 1500 dossiers déposés au niveau de la commission de wilaya.

La LADDH appelle ainsi les autorités algériennes à accélérer cette dernière étape de relogement, en intervenant « pour résoudre le problème de logements préfabriqués, à commencer par un logement durable avec un slogan meilleur ville, meilleur vie », insiste l’organisation.