Quatre membres du comité légal de quartier de Chegga (nord-est de Chlef) sont poursuivis pour incitation à attroupement non armé. Ils risquent jusqu’à un an de prison ferme. Reporté une première fois, leur procès est prévu pour dimanche 31 mai.

Les habitants du quartier déshérité de Chegga, situé au nord-est de Chlef, s’opposent à l’installation d’une usine à proximité de leur lieu de résidence, depuis 2010. D’après eux, la minoterie d’aliments de volaille de Chegga, qui emploie plus de 200 travailleurs, pose un « grave problème environnemental ». Selon les recherches menées par l’Association de lutte contre la corruption en Algérie, la procédure suivie par les entrepreneurs est, d’ailleurs, irrégulière. « D’après nos investigations, cet investissement a reçu un avis défavorable de la part du P/APC et du chef de la daïra. On se demande bien comment ils ont pu, malgré tout, ouvrir leur minoterie », précise Halim Feddal, secrétaire général de l’Association algérienne de lutte contre la corruption, joint ce mercredi 27 par téléphone.

Les habitants de Chegga, mobilisés contre l’ouverture de cette usine, se sont d’abord constitués en comité de quartier dans le but d’interpeller les autorités locales et nationales. Le 25 novembre 2014, ils obtiennent un agrément. Mais ni le ministère de l’Environnement, ni le Premier ministère ne donne suite aux requêtes déposées par le comité de quartier légal.

Ce dernier choisit alors une autre méthode de contestation pour se faire entendre. Il appelle à un sit-in pacifique aux abords de la minoterie le 29 mars dernier. « Notre sit-in a lieu à 400 mètres de l’entrée de la minoterie », précise Hassenne Abrous, le président du comité de quartier de Chegga. Durant la manifestation, une poignée de jeunes du quartier bloquent la route communale. La gendarmerie intervient. Les habitants contactent alors le président du comité de quartier de Chegga,  absent du sit-in pour des raisons professionnelles. Celui-ci se rend sur les lieux de la protestation et explique aux gendarmes la démarche entreprise par le comité de quartier. Dans le calme, le sit-in est suspendu et les habitants se dispersent.

Le lendemain, le président du comité de quartier de Chegga ainsi que quatre autres membres du comité reçoivent un coup de fil du chef de la brigade de gendarmerie de Chlef, qui les convoque pour le jour même. Hassenne Abrous, Miloud Siaghi, Ali Salhi, Mahdoudh Berroudja et Nasser Maamar sont auditionnés durant une heure avant d’être relâchés.

« Méthode classique »

Ils ne sont pas tirés d’affaire pour autant. La procédure judiciaire est enclenchée le 4 avril. Convoqués par téléphone par le chef de la brigade de gendarmerie de Chlef, les cinq militants sont présentés devant le procureur de la République du tribunal de Chlef. Il décide de les poursuivre pour incitation à attroupement non armé en vertu de l’article 100 du code pénal. Ces cinq habitants du quartier de Chegga risquent jusqu’à un an d’emprisonnement.

Ils dénoncent une tentative d’intimidation. « On nous attaque en justice à cause de notre engagement contre cette minoterie. On n’a jamais enfreint la loi », affirme Hassenne Abrous, contacté ce mercredi par la rédaction d’Algérie-Focus. « C’est la méthode classique : harcèlement de militants pour les faire taire », abonde le secrétaire général de l’Association algérienne de lutte contre la corruption.

Le procès en première instance des cinq militants de Chegga, qui devait, en premier lieu, se tenir le 17 mai dernier, est prévu pour dimanche 31 mai. « Le procureur a décidé de le reporter car on n’avait pas d’avocats », souligne Hassenne Abrous, qui est désormais représenté par des avocats membres de la Ligue algérienne des Droits de l’Homme (LADDH).