En septembre 2004, l’équipe nationale de handball du Sri Lanka s’évapore dans la nature bavaroise: de ce fait divers, Uberto Pasolini tire une chronique grinçante et tendre, dans les salles mercredi, sur l’espoir d’un ailleurs meilleur et la quête du visa à tout prix.

Dans les ruelles poussiéreuses d’un bidonville de Colombo, Stanley et Manoj multiplient les combines pour décrocher un sésame et assurer ainsi la survie et les études de ses proches pour l’un, et pour épargner à sa belle-soeur l’exil comme bonne au Moyen-Orient, pour l’autre.

Jusqu’au jour où ils tombent dans un magazine sur une invitation à un tournoi international de handball, en Bavière. Dans ce pays toujours passionné de cricket, le sport de l’ancien occupant britannique, le handball n’éveille pas le moindre intérêt. Il leur faudra une recherche sur internet pour en percer le mystère et assimiler les rudiments.

Commence dès lors la constitution chaotique d’une équipe improbable: un fossoyeur dépressif, deux flics, un comptable pépère poussé par sa femme, un père et son fils boudeur, des vieux, des chauves, des maigrelets, des rebondis… Tous enfilent le tee-shirt jaune et bleu, négocié 250 roupies (2 dollars US environ), pour la photo de groupe qui garantira leur délivrance.

– « Là-bas tu seras un citoyen de seconde zone », tente un jeune militant politique auprès de son ami Stanley.

– « Parce qu’ici je suis de première catégorie? » répond ce dernier, pieds nus dans une ruelle misérable.

Pour le réalisateur italien, producteur de The Full Monty – et neveu de Lucchino Visconti – la lecture du fait divers originel, alors qu’il était en tournage en Australie avec des acteurs hollywoodiens saturés de vanité, a fourni l’occasion d’une offensive, humoristique et personnelle, contre les politiques d’immigration de l’Occident.

« Les pauvres types comme nous ne les intéressent pas, ce qu’ils veulent, c’est nos médecins, nos ingénieurs », commente un de ses personnages.

Pour coécrire le scénario et choisir les acteurs, tous Sri Lankais, Uberto Pasolini s’est assuré la collaboration d’une auteure de théâtre célèbre du Sri Lanka, Ruwanthie de Chickera.

« Nos 23 hommes quittent leur pays pour des raisons diverses: certains partent en pensant que l’Occident est meilleur, d’autres parce qu’ils ont besoin d’argent », explique-t-elle dans le dossier de production.

Après trois défaites écrasantes, en 2004, la sélection nationale du Sri Lanka a quitté le tournoi bavarois sur ces quelques mots: « On aime l’Allemagne. Merci pour tout ». A ce jour, aucun n’a été repris.

Inspiré sans doute par cette victoire, un des acteurs a disparu à son tour lors du tournage en Allemagne.

Par Anne CHAON