Les 12e Rencontres cinématographiques de Bejaia ont fermé leurs portes samedi 13 septembre. Organisées durant toute la semaine à la cinémathèque de Bejaia, les Rencontres ont rassemblé passionnés de cinéma et professionnels du secteur autour d’un programme éclectique.

Depuis leur création en 2002, les Rencontres cinématographiques de Bejaia ont acquis une solide réputation. Le public bougiote est profondément attaché à ce rendez-vous cinéphile et à sa riche programmation. Et l’édition 2014, organisée du 7 au 13 septembre, n’a pas fait exception à la règle. La salle de la cinémathèque affichait souvent complet, même pour les séances de 14h, et le foyer du théâtre de Bejaia manquait de chaises pour accueillir les participants des café-cinés du matin. Du côté des réalisateurs aussi l’affluence était remarquable : presque tous les réalisateurs et les réalisatrices ont souhaité accompagner leur film à Bejaia.

Au total, ce sont 36 films qui ont été projetés durant le festival, longs et courts métrages, documentaires et fictions, algériens et internationaux. Si les organisateurs avaient précisé en dévoilant le programme que celui-ci n’était pas structuré autour d’une thématique, plusieurs thèmes se sont imposés d’eux-mêmes. La condition de la femme en Algérie et le douloureux rapport des Algériens avec leur histoire ont notamment été au cœur des débats.

Les Rencontres, une invitation au dialogue

Si les Rencontres cinématographiques de Bejaia portent ce nom plutôt que celui de « festival », c’est précisément parce que l’échange est au cœur de l’événement créé il y a 12 ans par Abdenour Hochiche. Une ouverture au dialogue qui rend la manifestation essentielle dans une Algérie où les occasions de débattre sont rares et où le cinéma se vit principalement sur des DVDs piratés, individuellement. La fréquentation des salles de cinéma est en berne, de sorte que l’expérience collective du cinéma reste inhabituelle.

À Bejaia au contraire, tout est pensé pour inviter les spectateurs à dialoguer : la programmation veille à ce que les films se fassent écho entre eux, des cafés-cinés sont organisés tous les matins au théâtre de Bejaia, et chaque projection est suivie d’un débat.

Les débats sont un curieux mélange de réflexion cinématographique, d’anecdotes personnelles et de considérations politico-sociales. Si la prise de parole est au départ timide, la conversation ne manque jamais de s’échauffer. Chacun y va de son commentaire, et la salle de cinéma devient un lieu d’expression privilégié où la parole peut se libérer en toute confiance.

Ainsi, vendredi après-midi, après une heure de débat houleux sur la question de la place de la femme dans l’espace public – débat faisant suite à la projection du film Nous, dehors de Bahia Beicheikh El Fegoun et Meriem Achour Bouakaz –, une jeune fille s’empare timidement du micro. Sa voix est vacillante, elle hésite sur les mots à employer. « Je suis toute jeune moi, et je n’ai pas vécu tout ce que vos femmes ont vécu. Mais je voudrais dire que je connais ce sentiment, parce que je vois les regards des hommes sur moi, et ces regards me rendent tellement mal à l’aise. Je fais tout pour les éviter, je me recroqueville sur moi-même quand je suis dehors, mais rien n’y fait », explique-t-elle, déclenchant un tonnerre d’applaudissements dans la salle.

« C’est ça qui est précieux dans notre travail, réagit l’une des réalisatrices, visiblement émue. Notre film ne sortira pas en salles, il ne sera peut-être pas vu, mais si à chaque fois que nous le projetons cela permet des témoignages comme celui de cette jeune fille, alors nous aurons accompli notre mission ».

En hors-champ, d’autres rencontres

À Bejaia, les films ne sont donc pas considérés comme des objets figés, mais comme des passeurs, qui initient et nourrissent l’échange. Cet échange est également facilité par la grande convivialité qui règne lors des Rencontres. Alors que dans de nombreux festivals le public et les invités ne se mélangent jamais, les Rencontres se distinguent par la fraternité à laquelle elles donnent lieu. Après les projections, tout le monde se retrouve autour d’un café sur la célèbre Place Gueydon. Comme l’écrit Ikbal Zalila, critique de cinéma tunisien, dans le dernier numéro de la gazette des Rencontres, « à travers ces cafés, pas très bons, il faut se l’avouer […] et ces moments d’amitié, transparait ce qui fait l’âme de ce festival : sa convivialité ».

Sur la place Gueydon, on prolonge le débat cinématographique, on apprend à connaître l’autre, on échange des envies et des projets. Et quand vient le temps de la clôture, les inconnus du premier jour sont devenus des amis.

Lorsque l’on découvre les Rencontres pour la première fois, on a donc très vite envie d’y revenir. La richesse de la programmation, la qualité de l’organisation et l’atmosphère de convivialité qui singularisent le festival sont autant d’éléments qui fidélisent un public avide de découvertes et de surprises. Nul doute que, malgré les difficultés financières et administratives, les Rencontres cinématographiques de Bejaia sont promises à un brillant avenir.