L’Etat algérien est la risée du Maghreb en matière de communication institutionnelle 2.0. Une simple comparaison des sites Web de ministères régaliens algériens et tunisiens révèlent l’ampleur du retard cumulé par les pouvoirs publics dans le domaine. 

Sur Internet, des années entières séparent Alger, capitale statique et stalinienne, à Tunis, ville dynamique et branchée. Les portails Web des institutions publiques algériennes, interfaces entre les citoyens et les gouvernants, sont à l’image du régime politique, poussiéreux et connu pour son opacité. Sur ces sites Web, le mode de communication, aux forts relents soviétiques, se limite à de simples présentations factuelles et des communiqués de presse, là où leurs homologues tunisiens jouent la carte de l’interactivité.

Pour mieux comprendre et mesurer le retard de l’Algérie en matière de communication institutionnelle, nous avons décidé de comparer trois sites Internet de ministères régaliens : la Santé, les Affaires étrangères et la Défense avec leurs pendants tunisiens. Le constat est sans appel : nos voisins maîtrisent les outils 2.0 tandis que nos gouvernants semblent figés à la fin du XXè siècle, à l’heure de l’éclosion du numérique. L’âge de nos ministres ne peut être un facteur d’explication. En effet, les moyennes d’âges des membres du gouvernement des deux pays sont proches, avec un âge moyen de 54 ans en Tunisie, selon le cabinet de conseil Sigma, contre un peu plus de 60 ans en Algérie, d’après nos calculs. Volonté politique, laxisme… les réponses sont donc à chercher ailleurs.

Santé.dz : au secours webmaster !

La dernière mise à jour du site Internet du ministère de la Santé algérien remonte à deux mois. Une éternité sur le Web. Un silence qui interpelle d’autant plus que le département dirigé par Abdelmalek Boudiaf traverse une tempête, suite à la diffusion du reportage de la télévision publique sur le service de maternité du CHU de Constantine, fermé depuis. Étrangement, le bureau de communication du ministère n’a pas estimé nécessaire de s’adresser aux Algériens via leur plateforme 2.0.

Et si ce n’était qu’un manque de réactivité! Sur « santé.dz », l’expérience de navigation est éprouvante tant l’ergonomie du site a été particulièrement négligée par son concepteur. Absence de rubriques, communiqués de presse introuvables, titres à rallonge … Le portail de la Santé est de loin l’interface la plus affligeante du gouvernement algérien. En deux mots, zéro pointé !

De l’autre côté de la frontière, un autre monde.

ministère santé TN
Capture d’écran du site internet du ministère de la santé de la Tunisie

Le site Internet du ministère de la Santé tunisien répond à la plupart des attentes de ses utilisateurs : actualités mises à jours quotidiennement, contacts des centres de soins publics et privés, information pratiques (surveillance de maladies, vaccination, etc) et indicateurs sur les effectifs du personnel de santé tunisien. En deux mots, l’information à portée de clic !

Mais, surtout, le département de la Santé tunisien est à l’écoute. Les visiteurs sont effectivement invités à évaluer le portail Web du ministère. Ils bénéficient également d’un « forum » sur lequel ils peuvent lire des réponses à une « foire aux questions » (FAQ) ou poser d’autres questions. Une rubrique qui est, néanmoins, peu animée puisqu’elle ne compte que neuf inscrits. Notons enfin que le site n’est connecté aux autres réseaux sociaux sur lesquels le ministère de la Santé tunisien est présent (Facebok, Twitter Linkedin et Youtube), ce qui n’est pas le cas pour aucune des plateforme algérienne étudiée.

MAE.dz : La vitrine 2.0 de la diplomatie

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Capture d’écran du ministère des Affaires étrangères algérien

Le site du ministère des Affaires étrangères est, avec ceux du Premier ministère et l’Education nationale, l’un des plus irréprochables. Complet et alimenté quasiment chaque jour, il recèle quantité d’informations sur les services consulaires, l’état civil, les relations bilatérales et multilatérales. Le tout présenté de façon ordonnée. Sauf la rubrique « Conseil aux voyageurs », restée vide. Un regret aussi, le portail est presque exclusivement axé sur la présence politique de l’Algérie sur la scène internationale, au détriment de la diplomatie culturelle. Dans la rubrique « Algérie », la présentation du pays, illustrée par quelques vignettes, est expéditive et ne met pas en valeur toute la richesse du patrimoine matériel et immatériel du pays.

À la différence du site Web du MAE tunisien, tourné davantage vers la promotion du pays. Il comporte d’ailleurs une rubrique consacrée à la valorisation de la « Destination Tunisie ». Une rubrique, qui s’adresse à tous types de visiteurs étrangers : touristes, étudiants, investisseurs, artistes.

tunisie mae
Capture d’écran du site du MAE tunisien

 

Défense : Recrutement en ligne

Sur son site Internet, l’Armée nationale populaire (ANP) se contente du minimum syndical. Une mise à jour quotidienne, des communiqués qui s’empilent les uns sur les autres comme une longue liste. À l’inverse, l’armée tunisienne a opté pour une présentation dynamique de son actualité en ayant recours, en tête de la page d’accueil, d’un diaporama illustré par des photos. Et les forces militaires tunisiennes sont à la page, leur portail Web est effectivement relié à leur compte Facebook, Twitter et Google+.

En Tunisie, la « grande muette » est davantage encline à s’exprimer, elle propose d’ailleurs sur son site Web le contact direct avec son bureau de l’information et de la communication, alors que l’ANP ne divulgue qu’un numéro de standard – difficilement joignable de surcroît. Par ailleurs, la Défense tunisienne dispose d’un bureau de relation avec le citoyen et publie sur son site Web une carte montrant les différents itinéraires par bus pour s’y rendre.

défense tunisienne
Capture d’écran du ministère de la Défense tunisien

Un point commun, les deux sites sont des espaces clairement dédiés au recrutement. Des rubriques, consacrées à chaque corps de l’armée, expliquent, dans le détail, les conditions – et les avantages – d’admission. Néanmoins, alors que la Tunisie permet à ses garçons et filles de postuler en ligne (la dernière campagne de recrutement d’élèves officiers datent du 8 juillet, lit-on sur le site), ce n’est évidemment pas possible sur le portail de l’ANP.

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