achatAlimentation, charges locatives, transports, habillement, célébrations des fêtes religieuses et familiales ainsi que d’autres petites «fantaisies» sont des dépenses qui donnent du tournis pour celui qui a la responsabilité de gérer le budget de chaque famille algérienne. Une mission qui demande des acrobaties et qui généralement est confiée à la mère, connue pour être plus économe et plus prévoyante. Toutes les études effectuées sur ce plan et dont la dernière en date réalisée dans un institut de gestion financière à Oran, concordent pour dire que le recours au «système D» est incontournable pour l’écrasante majorité des familles qui élaguent plusieurs dépenses «de luxe» telles que les vacances ou les voyages.

L’étude en question conclut que l’alimentation demeure la principale préoccupation des ménagères étant donné qu’elle constitue près de 60% des dépenses ordinaires. A ce sujet, les auteurs de l’enquête relèvent que ce seuil est valable avec tous les niveaux de revenus et si pour les familles à revenus limités, elles font le pont quand il s’agit de «produits de luxe», de par leur cherté, les familles financièrement plus aisées n’hésitent pas à les intégrer dans leur menu quotidien quelque soit le prix. Comparativement, en France, les dépenses alimentaires ne constituent que 18%. En revanche, la tendance est à l’inverse s’agissant des charges locatives qui ne pèsent pas trop dans la balance pour, notamment, les anciens locataires qui continuent de verser un montant parfois symbolique, mais, par contre, pour les nouveaux locataires des nouvelles cités AADL, à titre d’exemple, le loyer mensuel se situe aux alentours de 8.000 dinars et idem pour ceux qui optent pour le ménage restreint et qui louent au prix fort, nécessitant souvent la mobilisation d’un salaire dans le cas où les deux membres du couple travaillent.

Finalement, ces derniers se retrouvent coincés entre un loyer fort et des impératifs de dépenses incontournables et sous les effets d’une inflation galopante. Du coup, bon nombre des bénéficiaires sous-louent leurs logements. Cette tendance va se confirmer, relève l’étude, lors des toutes prochaines années. Il est peut être temps d’investir dans l’immobilier en Algérie, puisqu’il ne «pèse» relativement pas encore lourdement sur le budget. L’autre grand registre des dépenses n’est autre que la santé surtout quand le recours aux soins privés devient incontournable. Si, en temps normal, pour les assurés sociaux ainsi que les retraités, ces dépenses sont prises en charge entre 80 et 100% en Algérie, et faute d’une nomenclature de remboursement actualisée, elles représentent près de 15% du budget familial. L’électricité et l’eau demeurent, de par leur soutien des prix par le Trésor public, encore insignifiantes.

Vient ensuite le transport et pour une famille de parents actifs et deux enfants étudiants, la somme dépensée, entretien, garage et carburant du véhicule utilisé par les parents compris, atteint jusqu’à 7.000 dinars. L’autre dépense entrée dans les mœurs depuis notamment l’avènement de la téléphonie mobile et l’Internet at home, ce sont les communications et, mine de rien, en moyenne 4.000 dinars sont déboursés mensuellement, certes pas totalement du budget collectif, mais de ce qui revient à chaque membre qui use du système D pour ne pas rester «hors champ». Enfin, les dépenses occasionnelles, telles les fêtes religieuses et la rentrée scolaire, constituent, à elles seules, près de 15% des revenus annuels moyens des familles algériennes.

Une majorité en deçà du budget vital

Selon toutes les variantes de dépenses, le budget vital mensuel d’une famille algérienne de 7 personnes se situerait autour de 24.791 dinars. En clair, la majorité des familles algériennes vit donc sous le seuil vital du fait que 25.000 dinars demeurent un haut salaire, sauf lorsque les deux parents sont à l’emploi et ils ne sont pas aussi rares que cela, les couples qui travaillent à deux et il faut dire aussi, que pour certains, même lorsqu’il y a 2 salaires c’est tout juste s’ils peuvent boucler leurs fins de mois même avec 45.000 dinars du fait que les exigences de la vie moderne auxquelles aspirent ces couples sont légitimes.

On ne peut même pas se payer des vacances

Une voiture de 700.000 dinars, c’est l’équivalent de 70 mois -6ans de travail au SNMG- tandis qu’en France, c’est à peine 7 mois. Toutefois, relève l’étude, il existe une discrimination dans le domaine salarial. Exemple: un ingénieur en pétrochimie est rémunéré à raison de 130.000 dinars au moment où son confrère agronome ne perçoit que 20.000. Ces disparités ont été à maintes fois relevées par des études, comme c’est le cas de l’Annuaire économique et social, dans sa 4e édition 2007-2008 et qui fait ressortir que la moyenne annuelle de la baisse du pouvoir d’achat en Algérie est estimée à 1,7% depuis 2001. Pour ces chercheurs, l’indicateur de développement humain estime que plus de 50% des Algériens sont touchés par la pauvreté, soit plus de 16,5 millions de personnes dont 6,5 à 7 millions sont très pauvres pour un pays considéré comme le plus riche du continent. Cette situation s’explique entre autres, relève le texte, par une inéquitable redistribution des revenus. Il existe, par exemple, de graves disparités dans la répartition des revenus.

Alors que le salaire minimum est de 12.000 dinars, le salaire moyen dans le secteur des hydrocarbures est de 50.000 dinars par mois, 20.000 à 30 000 dinars dans la Fonction publique, 15.000 à 20.000 dinars dans le secteur du BTP alors que des cadres supérieurs dans des entreprises publiques ou privées touchent entre 150.000 et 350.000 dinars par mois. Le rapport national sur le développement humain fait état de plus de 120 communes abritant une population de plus de 1,7 million d’habitants qui vivent dans des conditions précaires. La croissance du produit intérieur brut par habitant, en progrès ces dernières années, ne rend pas compte de cette inéquitable répartition des revenus. Il est passé de 1.496 dollars en 1995, à 2.000 dollars en 2 000, 3.250 dollars en 2006. Ces chiffres contenus dans l’annuaire économique et social, nous interpellent. Primo: sur la nécessité de disposer de données fiables produites par des institutions indépendantes sur l’inflation, l’évolution du pouvoir d’achat et la répartition des revenus. Secundo: sur la nécessité d’être très attentifs sur l’impact des dépenses publiques sur l’amélioration des conditions de vie de la population, de la politique salariale et de ses effets sur la distribution des richesses.

Des smicards au pied du mur

La tendance est à une baisse du pouvoir d’achat, constate l’annuaire. Il est écrit: «Le SNMG à 12.000 dinars suffit à peine à s’acquitter des factures d’électricité, de gaz et d’eau, et autres dépenses urgentes et souvent incompressibles. Les prix ont été multipliés par dix entre 1990 et 2006, souligne le même document. À titre d’exemple, la pomme de terre était vendue à 7 dinars le kilogramme en 1996 ; elle a atteint un prix moyen de 50 dinars en 2007. Le kilogramme de viande était cédé à 200 dinars en 96 pour grimper à 750 dinars en 2007. Résultat: une famille moyenne a besoin d’un budget de 30.000 dinars pour subvenir aux besoins essentiels alors que le SNMG est de 12.000 dinars. Cette tendance à la baisse du pouvoir d’achat a été accentuée à partir de 2007 par la flambée des prix des produits de large consommation. Pour ce, suivons Tayeb, un smicard qui compte également sur les allocations familiales qui lui ramènent près de 3.500 dinars par mois. Tayeb se rend, comme chaque jeudi, au marché pour faire les achats de la semaine. Couffin à la main, il fait un tour pour avoir une idée sur la mercuriale. Le kilo de la pomme de terre est cédé, selon la qualité, entre 40 et 55 dinars.

La tomate est à 80 dinars le kilogramme. La courgette n’est pas loin. Aujourd’hui, c’est le poulet qui fait exception à cette hausse des prix et s’est fait des ailes, 350 dinars. Le poulet reste l’arbre qui cache mal la forêt des produits chers. «Tous les fruits et légumes sont chers, comment peut-on préparer un repas complet avec des prix aussi élevés?», se demande Tayeb. Ce chef d’une famille de cinq personnes, lui sa femme et ses trois garçons tous célibataires, a déjà fait le calcul: aujourd’hui, dit-il, il faut bien miser 1.000 dinars au moins pour faire un repas avec du poulet. Le menu, détaille-t-il, comprend un dessert de fruits de saison, l’orange ou la mandarine du bled. Dans cette famille, le budget est étouffé par la hausse des prix des produits de large consommation. Du coup, c’est la qualité des repas qui encaisse le coup: les familles suppriment les dépenses liées aux desserts et autres sucreries pour supporter la hausse des prix des légumes, du lait et de l’huile de table. Pour contenir cette flambée, beaucoup de gens se rabattent sur les légumes secs, relativement toujours à la portée des démunis et des salaires moyens, c’est-à-dire ceux qui touchent aux alentours de 20.000 dinars par mois. Les pâtes également sont fortement prisées pour leurs prix abordables. La pomme de terre est en train de perdre son statut de légume-roi dans plusieurs foyers. Son prix ne veut pas descendre au-dessous de 50 dinars. La hausse du prix de l’huile de friture pousse par exemple les ménagères à cuisiner moins de frites. Résultat: la consommation des fruits et légumes est sérieusement affectée, malgré les conseils des médecins de manger au moins cinq fruits et légumes par jour. Autre constat établi par un commerçant qui a remarqué que ses clients se renseignent de plus en plus sur les prix avant d’acheter.

M.A.Y.
Avec Le Financier

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