« L’excès du langage est un procédé coutumier à celui qui veut faire diversion », disait l’ancien président français François Mitterrand. Cette sentence n’est pas sans nous rappeler les polémiques anachroniques sur l’histoire qui polluent la scène politique algérienne.

Quel est, en effet, l’intérêt d’ouvrir ce type de débats dans cette conjoncture cruciale où notre pays vit une crise de régime sans précédent et où son intégrité même est menacée ? La réponse s’impose d’elle-même : Il y a comme une volonté de jeter un voile épais sur les questions sensibles de l’heure et de susciter des divisions idéologiques et régionales dans la société.

Il est évident que le propos n’est pas de minimiser l’importance de l’histoire ou de mettre sous le boisseau quelques unes de ses péripéties aussi peu glorieuses soient-elles. L’histoire est indispensable parce qu’elle seule parle du commun, de ce qui confère un sens au parcours collectif par-delà le bruit des intérêts et des conflits, parce qu’elle seule est capable d’inscrire dans la durée notre présence au monde en lui conférant un sens. Mais quand son expression se fait sous le sceau de la passion et que ceux qui s’y attèlent ont, d’une manière ou d’une autre, quelque bénéfice politique à en tirer, les choses deviennent pour le moins suspectes.

N’est-il pas de notre devoir, aujourd’hui, de consacrer notre énergie et notre intelligence, dans le rassemblement et la communion, à sauver notre pays des multiples périls qui le guettent ? N’est-il pas de notre responsabilité d’imaginer un autre avenir, un autre destin aux générations futures ?

Notre peuple est démoralisé. Il ploie sous l’effet d’un quotidien insupportable. Notre jeunesse est totalement désillusionnée. Elle étouffe sous le poids d’innombrables difficultés socio-économiques, identitaires et existentielles. Des bruits de bottes, de plus en plus insistants, montent à nos frontières, annonciateurs de violentes convulsions et de douloureuses déchirures. Et que préconisent nos professionnels de la diversion en guise de solutions ? Des polémiques, encore des polémiques, toujours des polémiques.

La romancière Madeleine Ferron disait qu’« il n’y a rien de plus salutaire que la diversion, de plus tonifiant que le changement ». Alors, s’il est compréhensible que le régime cherche son salut dans la multiplication des écrans de fumée, il revient aux forces acquises au changement d’insuffler de la tonicité dans la société.

Rachid Ikhenoussène