Notre école, nos cimetières et nos martyrs Par Aziz Benyahia

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La presse nous apprend que la profanation des cimetières est devenue un phénomène chronique dans la wilaya de Bouira. Des stèles sont périodiquement détruites sans que l’on connaisse les raisons de ces actes d’un autre âge. Jusque-là, hormis le pillage des tombes pour la récupération des prothèses dentaires en or, on connaissait deux motivations auxquelles obéissent les profanateurs : la recherche de trésors comme du temps des pharaons ou les pratiques de sorcellerie et de fétichisme.

Or, à Dechmia, du côté de Sour el Ghouzlane on s’attaque aux sépultures de chouhadas de la guerre de libération et uniquement aux restes de nos martyrs. Les services de la gendarmerie, n’arrivent toujours pas à mettre la main sur les profanateurs et ne peuvent par conséquent retenir aucune hypothèse sérieuse pour l’instant. Une chose est sûre : ce sont des actes de vandalisme ciblés. Les profanateurs obéissent donc à des motivations particulières qui n’ont rien à voir avec le fétichisme ni avec des rites de sorcellerie.

Il s’agit bel et bien d’un message assez clair à première vue : on s’attaque à un symbole au travers d’une vengeance posthume contre ceux qui ont « osé » libéré le pays. De quoi faire donner la migraine à nos psychologues et à nos psychiatres car, si ces motivations s’avèrent confirmées on se trouverait face à une situation inédite. Il y aurait donc des citoyens qui, non seulement dénient à nos chouhadas leurs sacrifices, mais feraient en sorte de les sortir violemment de notre mémoire.

Dans cette hypothèse, cela donnerait corps aux critiques qui ont souvent été exprimées sur l’insuffisance de notre système éducatif qui ne rend pas suffisamment justice au sacrifice et au courage des meilleurs d’entre nous, ou sur l’attribution débridée de la qualité d’ancien moudjahid à des milliers de citoyens qui n’en sont pas. Par voie de conséquence, cela aboutit à la dévalorisation de la qualité de moudjahid et à jeter l’opprobre sur tout le monde, de manière indifférenciée. Il s’agit d’une simple hypothèse, qui vaut ce qu’elle vaut, en attendant les résultats des investigations.

Autre hypothèse qu’on peut sérieusement envisager : la profanation pourrait être la manifestation de colère d’un groupe d’ultra-fondamentalistes qui prendraient un peu trop à la lettre, les recommandations coraniques en matière de sépulture. Il faut rappeler à ce propos, que l’islam prescrit effectivement la plus grande simplicité, voire même l’anonymat dans les cimetières afin de rappeler que les hommes sont égaux devant la mort et surtout afin d’éviter les hommages intempestifs et les risques d’adoration comme cela existe pour la visite aux tombeaux des « saints » de l’islam ( Awliya’ Allah). Si tel était le cas, les profanateurs auraient détruit toutes les stèles sans exception. Or en l’occurrence, il s’agit exclusivement de tombes des martyrs de la révolution. La question reste donc posée et seuls les services d’investigation concernés pourront nous fournir un jour la réponse.

Il reste que nous devons prendre très au sérieux ces actes de vandalisme et sensibiliser l’ensemble des citoyens à la paix des morts, à la reconnaissance éternelle que nous devons aux meilleurs d’entre nous qui ont donné leur vie pour nous restituer notre dignité et faire de nous des hommes libres.

Aziz Benyahia

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