Beaucoup de journalistes algériens ne les prennent pas vraiment au sérieux. Pourtant, ils le devraient. Les «Envoyés Spéciaux Algériens» constituent le noyau du journalisme citoyen de le Bulle DZ.

Fonctionnant avec un mode dans la pure tradition des médias participatifs, les «ESA», comme ils aiment s’appeler, est une page communautaire, créée sur le réseau social «Facebook». Les «ESA» sont les nouvelles stars de l’information sur «Facebook».

En un peu moins de 5 mois, ils ont réussi à séduire près de 15.700 fans, soit plus que tous les autres journaux algériens réunis.

Une success-story née d’une simple initiative prise par des jeunes algériens en action. Younes Sabeur Chérif est l’un d’entre eux. A seulement 21 ans, cet étudiant en sciences politique et relations internationales a de la graine. Entretien.

Algérie-Focus.Com : Parlez nous un peu des circonstances de création de votre page communautaire «Envoyés Spéciaux Algériens» sur Facebook?

Younes Sabeur Chérif : En réalité, la page existe depuis 5 mois (depuis le mois d’août). Il n’y avait pas de circonstances particulières pour la création de la page. L’idée initiale s’est présentée ensuite elle s’est développée avec les autres membres du Groupe. J’ai voulu par cette initiative créer une sorte de réseaux d’envoyés/reporters amateurs et bénévoles à travers tout le territoire national et créer un espace d’échange instantané d’informations.

L’idée consiste en ce que chacun des adhérents devienne l’envoyé spécial de sa région ou de son quartier dans n’importe quel point de notre vaste Algérie en rédigeant des articles, ou en filmant des reportages.

De ce fait, les membres d’Envoyés Spéciaux Algériens partagent les infos en leur possession concernant tout ce qui se passe dans leurs régions respectives.

Sur quel principe repose le fonctionnement de votre page communautaire ? Comment les articles, photos et autres supports sont-ils publiés ?

La page des «ESA» dépend essentiellement de ses fans, nous, l’ensemble des administrateurs, on ne fait qu’organiser les propos reçus par les adhérents eux même, mais cela n’empêche pas que parfois nous proposons des matières diverses à nos abonnés (reportages, débats, photos, articles).

Comment expliquer votre succès, votre page a plus de 15.700 fans sur Facebook ?

Je pense que pendent la dernière crise (émeutes déclenchées le 5 janvier 2011, Ndlr), l’initiative et l’idée de la page s’est vraiment concrétisée sur le terrain. Les adhérents s’exprimaient librement et sans complexe. Et chacun de nous racontait et filmait ce qui se passait réellement prés de chez lui… C’est exactement ça le but de notre initiative ! C’est ce qui explique la montée en flèche du nombre de fans (10.000 nouveaux fans en 3 jours seulement).

Durant les émeutes déclenchées le 5 janvier 2011, vous vous êtes remarquablement illustrés par votre flux d’informations instantanées et presque toutes crédibles. Comment vous avez géré ces événements ?

Au déclenchement des émeutes, j’ai personnellement demandé l’aide à des amis à moi pour gérer le nombre explosif des publications (800 publications et 15.000 commentaires en moyenne par jours). Et nous avons mis ensuite une méthode de travail qui consiste à récapituler les infos reçues et publier des mises à jour tout les quart d’heure en moyenne. Et afin de crédibiliser les infos, on demandait aux gens de confirmer telle ou telle information et les encourager à prendre des photos ou faire des vidéos comme preuve de fait. C’est certainement grâce à cela qu’on pu gagner la confiance des fans.

Beaucoup pensent qu’un tel support a chamboulé la scène médiatique algérienne, même celle du Net qui paraissait rigide face à votre réactivité, notamment lors des émeutes. Qu’en pensez-vous ?

Je suis convaincu que le verrouillage du champ médiatique en Algérie et l’absence de vrais canaux d’expressions audiovisuelles ont poussé indirectement les gens à chercher d’autres moyens d’expression et des alternatives à une scène médiatique quasi-morte et peut efficace.

La page des «ESA» est en quelques sorte un refuge ou chacun peut donner son avis librement sans être censuré, contrairement au médias algériens qui n’arrivent toujours pas à comprendre que cette jeunesse ne demande qu’a faire entendre sa voix… On ne peut pas la blâmer donc quand elle déraille, tant personne ne l’écoute, personne ne demande son avis, et personne ne la comprend !

Il est fortement recommandé à présent d’ouvrir le champ audiovisuel et donner un nouveau souffle aux libertés individuelles afin de diminuer les risques de dérives probables à l’avenir.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

L’idée d’un site web nous séduit déjà, mais sinon actuellement on se contente de gérer notre modeste communauté virtuelle, on compte rester dans la même ligne et les même principes. On le fait par plaisir, on est ni payé ni récompensé, mais le fait d’avoir la reconnaissance des gens, c’est déjà un honneur.

Entretien réalisé par Nassim Brahimi

Ndlr : La Rédaction d’Algérie-Focus.Com, qui a depuis le début soutenu le journalisme citoyen, tient à encourager ces jeunes journalistes pleins de talents et engagés, qui s’impliquent sans aucune contrepartie. C’est assez rare de nos jours pour que ce soit signalé.

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