Nous nous sommes toujours moqués des populations de la Péninsule arabique, notamment à cause d’une de leurs coutumes jugée rétrograde, injuste et en contradiction avec l’esprit et la lettre du Coran. Celle-ci fait partie de ces traditions qui punissent les pauvres, et restreignent considérablement les chances pour la femme de trouver un mari.  L’argent souverain devient un obstacle difficile à franchir pour les prétendants au mariage.

Les parents n’accordent la main de leur fille qu’à la condition que le prétendant souscrive à un certain nombre d’obligations nécessitant parfois de véritables fortunes. Cela concerne la hauteur de la dot, les apports en bijoux et l’organisation de festivités dont la réussite sera mesurée au faste des différentes cérémonies, au nombre des invités et à la comparaison avec les mariages des proches, des amis et des voisins. Dans tous les cas, les avis des futurs fiancés ne sont pas pris en compte. Les jeunes filles deviennent ainsi une véritable marchandise dont les parents peuvent négocier la main en fonction de l’offre et du marché. En cas d’échec des négociations, la jeune fille subira un traumatisme psychique qui pèsera durablement sur les relations avec sa famille et son entourage. Elle héritera d’un complexe terrible qui l’affectera durablement avec le temps et qui mène parfois au suicide à cause d’une situation dont elle n’aura été qu’un élément passif ; une véritable marchandise.

«  Les femmes qui ont le plus de bénédictions sont celles dont la dot est la plus raisonnable » Hadith. Un autre hadith précise que « la meilleure dot est la plus modeste ». Ou alors cet autre hadith célèbre qui rapporte que le Prophète (Asws), en réponse à un de ses compagnons qui se plaignait de ne pas avoir les moyens d’offrir une belle dot à sa fiancée, lui avait conseillé de « lui offrir ne serait-ce qu’une bague en métal ».

Chez nous, il n’y a pas si longtemps encore, on trouvait scandaleux ce genre d’obligations qui hypothèquent sérieusement l’avenir des jeunes et qui déstabilisent durablement la société. Or voilà qu’aujourd’hui, non seulement on commence à imiter ces sociétés, mais le phénomène prend de plus en plus d’ampleur, au point qu’on assiste périodiquement à de véritables drames, et qu’on se demande de plus en plus si le mariage n’est pas devenu, lui aussi, un véritable business.

Les parents du prétendant, soucieux de voir leur fils édifier une famille et construire une vie stable, sont prêts à consentir les sacrifices les plus insensés sous la pression de l’environnement et du surenchérissement de la dot et des frais nécessaires aux festivités.

 

Conséquences : les rapports entre les jeunes fiancés sont sérieusement malmenés à cause de la pression des deux familles. Leurs rencontres, quand elles sont permises, laissent peu de place à la poésie, à la tendresse et au rêve. Le doute et parfois de l’animosité s’installent sournoisement et l’ensemble de ces problèmes d’argent, d’exigences, de protocole, avec leurs lots d’endettements et de frictions quotidiennes seront le prélude à un saut dans l’inconnu plutôt qu’un chemin vers le bonheur et l’épanouissement. Du coup le mariage perd de sa sacralité et sera appréhendé comme un saut dans le vide avec ce que cela entraîne comme épreuves et regrets. Alors qu’il  s’agit d’un accord unissant  un homme et une femme devant Dieu. Cela prouve s’il en était besoin que, contrairement aux préjugés,  l’islam bannit tout mariage forcé. On serait tenté de considérer ce mariage comme une sorte de punition infligée par deux familles en imposant des dépenses irresponsables à un jeune couple qui mettra des années à les  rembourser. C’est le commencement d’une longue angoisse et de sérieuses difficultés, bien loin de l’islam et des recommandations du Prophète (Asws) : « Et c’en est un autre (signe) que d’avoir créé de vous et pour vous des épouses afin que vous viviez en toute quiétude auprès d’elles et d’avoir suscité entre elles et vous affection et tendresse. » Coran 30/21

 

Voilà donc l’un des événements les plus importants de la vie en islam, ramené à de basses considérations matérielles aux effets dévastateurs. Et l’amour dans tout ça dirons-nous ? Et Dieu dans tout ça ? « Mariez les célibataires qui vivent parmi vous, ainsi que vos serviteurs vertueux des deux sexes. S’ils sont pauvres, Dieu pourvoira, par Sa grâce à leurs besoins. » Coran 24/32

On ne peut se croire musulman, se prétendre musulman et faire fi de la parole de Dieu. Substituer des considérations matérielles et futiles aux valeurs morales de l’islam c’est préférer le vice à la vertu, mais pas seulement.

C’est aussi hypothéquer l’avenir de deux jeunes en leur offrant en guise de cadeaux de mariage, des dettes pour le restant de leurs jours.

C’est courir le risque de pousser la famille du fiancé à user de moyens illégaux et parfois malhonnêtes pour faire face aux dépenses du mariage.

C’est augmenter la cohorte des filles célibataires qui ne trouveront pas de maris. Or, Dieu interdit de retarder le mariage des filles et accorde sa bénédiction aux femmes qui ont été mariées en respect des recommandations du Prophète.

C’est dynamiter l’avenir d’un jeune couple qui abordera l’avenir avec de sérieux handicaps qui vont de l’endettement excessif, à l’accumulation de rancœurs héritées des péripéties des négociations entre familles.

C’est créer une scission entre les familles et mettre à mal la solidité de la Oumma.

C’est aussi créer les conditions d’un embourgeoisement de façade qui reposera uniquement sur les apparences et sur l’image idéalisée de la réussite qu’on veut montrer aux autres.

C’est habituer les jeunes à vivre au-dessus de leurs moyens.

C’est bousculer les valeurs de l’islam en érigeant l’argent-roi en valeur de référence.

Bref, c’est tout le contraire du cercle vertueux auquel Dieu appelle pour le bonheur de Ses créatures et pour renforcer Sa Oumma.

Reste que la solution, pour mettre un terme à cette fuite en avant et à cette course aux leurres et aux apparences, ne relève ni de la loi ni de l’Autorité publique de manière directe. Elle ne pourrait venir que de l’éducation acquise dès le plus jeune âge, à l’école, dans les familles et à la mosquée et de la célébration quotidienne et collective de la vertu du travail, de la morale et des valeurs authentiques de l’islam.

Aziz Benyahia 

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