L’histoire est passée presque inaperçue. La semaine passée, à Dely Ibrahim, sur les hauteurs d’Alger, les habitants de la cité du 11 Décembre ont opposé une vive résistance à deux généraux à la retraite qui n’ont pas hésité à brandir leurs armes pour imposer l’arbitraire. Ces citoyens ont défendu un espace de détente, de sport et loisirs de leurs enfants que les dignitaires du régime voulaient s’approprier.

Les habitants de la Cité ont pris conscience du danger et ont lancé la mobilisation pour protéger ce terrain convoité pour des projets immobiliers. Contrariés les deux généraux à la retraite ont eu recours à la violence, la menace et ont exhibé leurs armes pour intimider les citoyens. Loin de céder à la peur, ces derniers ont opposé une vive résistance pacifique. Devant l’ampleur du dérapage, la gendarmerie a été contrainte d’intervenir en diligentant une enquête. Le ministère de la Défense nationale, lui même, a été interpellé afin de s’expliquer à propos des agissements de ces deux généraux qui croyaient que l’Algérie était encore figée dans les années 90. Des années où personne ne pouvait s’opposer aux desiderata de la nomenklatura militaire.

Le terrain est, peut-être, sauvé. En tout cas, ces citoyens ordinaires se sont battus jusqu’au bout pour protéger leur environnement et faire respecter leurs droits. Cette histoire aurait pu connaître un autre dénouement, si ces braves gens n’avaient pas défié l’arbitraire. Cette parcelle de terrain aurait pu être engloutie par une nouvelle opération de « bétonisation » au nom de l’enrichissement facile et rapide. Elle aurait pu abriter une nouvelle  et hideuse »bidon-villa ». Mais, le courage et la détermination des habitants de la Cité du 11 Décembre ont dessiné un autre destin.

Ces citoyens ont risqué leur vie pour avoir défié des hommes armés. Ils ont risqué des représailles de la part d’une mafia sans scrupule. Ces habitants ont été le petit colibri célébré par la légende amérindienne, selon laquelle un feu dévastateur s’est déclenché sur terre et s’est propagé de village en village, de forêt en forêt… De peur, les hommes n’avaient qu’une obsession: s’en éloigner et se mettre à l’abri. Dans le ciel, un insignifiant colibri était affairé. Il volait de branche en branche à la recherche de la moindre goutte d’eau. Dès qu’il en saisissait une, au creux d’une feuille, il la mettait dans son bec et allait la déverser sur le feu. Le manège recommençait inlassablement. Le petit colibri, absorbé par sa tâche, s’affairait toujours plus rapidement. Un homme qui l’aperçut l’interpella: « Petit colibri, mais pourqu’on t’affaires tu ainsi ? Tu vois bien qu’à toi tout seul, tu n’éteindras pas le feu.. » Et le petit colibri répondit : « Je fais ma part ». Les habitants de la Cité du 11 Décembre ont fait leur part. Ils ont arrêté l’arbitraire. Et si chacun de nous, à son niveau et avec ses moyens, faisait de même contre la hogra, les inégalités, les injustices…Notre pays a plus que jamais besoin de tous ses petits colibris…

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