voiture-algerienne Par Gilles BONAFI Economiste financier (Paris France)

Mon ami, le professeur Abderrahmane MEBTOUL économiste algérien , m’a transmis sa contribution parue fin août 2009 dans algerie-focus.com, le quotidien le quotidien d’Oran, le Soir d’Algérie ,la Nouvelle République et El Khabar sous le titre « une voiture à 100% algérienne, un mythe ? » et m’ a sollicité afin de répondre à quelques questions concernant justement ce sujet important pour les pouvoirs publics algériens. Voici les questions posées par le docteur Abdderrahmane MEBTOUL et modestement mes réponses en tant qu’expert financier.

Question 1- Quel est la situation du marché automobile dans le monde ?

Trois nations industrielles dominent présentement le marché. Le Japon possède le plus grand groupe automobile du monde, Toyota. L’allemand Volkswagen est le plus grand constructeur européen et vient d’avaler Porsche dans l’idée de faire avancer ses propres projets de dominer le marché mondial. L’Allemagne dispose également de deux autres acteurs mondiaux, Daimler et BMW, tandis qu’aux Etats-Unis les entreprise autrefois nommées les « Big Three » [« les trois grands », Ford, Chrysler et General Motors (GM)] font tout leur possible pour étendre leurs propres parts du marché mondial sur les nouveaux marchés en Asie. Pour le cas de Général Motors ( GM) et donc du conflit pour l’avenir d’Opel, selon le Wall Street Journal, le directoire de GM a chargé le directeur exécutif de GM, Fritz Henderson, d’élaborer pour la prochaine réunion du directoire début septembre un plan de restructuration pour GM-Europe, y compris un concept de financement de 4,3 milliards de dollars et en tant que propriétaire d’Opel, General Motors devait garder toutes les issues ouvertes. Certes existent les deux offres, de Magna et de RHJ International, sont restées sur la table , mais selon le directoire, il était aussi nécessaire de vérifier l’éventualité de GM de conserver Opel sur la base de conditions révisées. Ce nouveau plan prévoit que GM reçoive environ 3 milliards d’euros pour Opel et Vauxhall des gouvernements américain, britannique, espagnol ainsi que d’autres Etats européens.. Pour le gouvernement américain une telle décision relevait uniquement de GM et que le gouvernement s’abstenait d’intervenir, bien qu’il ait investi 50 milliards d’euros dans General Motors en devenant ainsi l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. On ne sait toujours pas clairement quelle sera la décision de GM. Ce qui est clair, toutefois, c’est que le « conflit pour Opel » est un élément de la lutte internationale pour la domination du marché automobile mondial.

Question 2-Quels sont les plus gros constructeurs et leurs parts de marché ?

Les parts de marché qui figurent dans cet article sont issues d’une étude de l’agence de notation financière Standard&Poors publiée tous les ans sur les perspectives économiques des grands constructeurs européens et américains(2008).. Ces chiffres sont agrégées par l’Acea (European automobile manufactuer’s association) et le cabinet J.D Power and Associates.

2.1-Les douze plus grands constructeurs automobiles par leur chiffre d’affaires sont, en 2008 :

1. Toyota Motor, Japon
2. General Motors, États-Unis
3. Daimler, Allemagne
4. Ford Motor, États-Unis
5. Volkswagen, Allemagne
6. Honda Motor, Japon
7. PSA Peugeot Citroën, France
8. Nissan Motor, Japon
9. Fiat, Italie
10. BMW, Allemagne
11. Hyundai Motor, Corée du Sud
12. Renault, France

2.2-Les prévisions 2010 pour les parts de marché sont les suivantes

1.-Volkswagen, Allemagne Part de marché 2010 : 19,5%

2.-Toyota, Honda, Mazda, Suzuki : Part de marché 2010 : 14,4%

3.-PSA Peugeot Citroën, France Part de marché 2010 : 12,7%

4.-Ford Motor, États-Unis Part de marché 2010 : 11%

5.-General Motors, États-Unis Part de marché 2010 : 8,6%

6.-Renault, Nissan : Part de marché 2010 : 8,2%

7.-Fiat, Italie Part de marché 2010 : 7,4%

8.-BMW, Allemagne Part de marché 2010 : 5,8%

9.-Daewoo, Hyundai, Samsung : Part de marché 2010 : 5,3%

Question 3- Avec la crise mondiale quelles sont les perspectives de restructuration du secteur automobile et les possibilités de voitures propres ( économie d’énergie) ?

De gros changements vont donc se produire. Actuellement, le marché automobile mondial résiste car il est soutenu par les primes à la casse qui se termineront toutes. Je prévois pour ma part une baisse de 25 % pour 2010 (chiffre que l’on retrouve aux USA avant la mise en place de la prime).Il faut de plus tenir compte de la taxe carbone. Quelle sera la politique de l’Algérie à ce niveau ? Pour les voitures propres, le problème est de 2 natures :

-la technologie n’est pas au point (2011 et faible autonomie) et seules les voitures hybrides (électrique et essence) tirent leur épingle du jeu. La Toyota Prius et la Honda Insight dominent le marché.

-la technologie hybride coûte pour le moment très cher. Connaissant le pouvoir d’achat en Algérie, cela me paraît difficile à envisager.

Cependant, le 31 août 2009, « Nissan a dévoilé son premier modèle de voiture entièrement électrique, la Leaf. L’inconnue reste son prix. D’autres véhicules seront produits comme la Mitsubishi i-Miev (avril 2010), la Chevrolet Volt (début 2011) ou encore l’Opel Ampera (fin 2011).

Question 4 – cette filière n’est–elle pas internationalisée, des sous segments s’imbriquant au niveau mondial et une intégration à 80/100% en Algérie est–elle possible ?

Effectivement, cette filière est totalement internationalisée et implique de multiples sous-traitants et surtout un savoir faire organisationnel et technologique impliquant d’investir massivement dans la ressource humaine car ce n’est pas une question uniquement d’argent. Le savoir faire managérial existe –il en Algérie ? L’intégration totale est une utopie avec des pertes financières considérables pour l’Algérie du fait à la fois de l’étroitesse de son marché et du pouvoir d’achat de ses citoyens. Il vaudrait mieux développer le CKD (Completely Knocked Down) une méthode utilisée par les constructeurs automobiles pour assembler certains de leurs véhicules à l’étranger, dans le but de les commercialiser sur place, en utilisant les droits de douane plus faibles. Le SKD (Semi Complete Knocked Down) peut être aussi envisagé car il permet une intégration locale plus poussée. Il faudrait donc plutôt créer des partenariats avec la Chine , la France , l’Allemagne et la Corée du Sud dans ce sens. Dans le cadre de l’Algérie, la construction devrait être régionale (Afrique) car je vois mal comment l’Algérie pourrait concurrencer l’Asie (Corée notamment) sur les autres marchés. Pour info, au mois de mars 2009, Hyundai a vendu 10 661 véhicules en Afrique (+ 3,1 %) et Kia 5 079 (+ 49,6 %), rapporte le KOREA HERALD (18/4/09).N’oublions pas que la Chine a investi massivement actuellement dans la recherche du solaire et des voitures hybrides (le Japon et la Corée aussi) et sont des concurrents sérieux sans compter Tata pour l’Inde qui prévoit des voitures à bas prix tenant compte du pouvoir d’achat très moyen des consommateurs. D’ailleurs, les marques chinoises Brilliance et Jinbei viennent officiellement d’être lancées à des prix concurrentiels. Aussi, investir aujourd’hui dans une usine de voiture 100% avec une intégration presque totale algérienne n’est pas un bon choix qui n’a aucun avenir et ne sera pas rentable. Ce qui n’empêche pas dans un proche avenir sous réserve de l’acquisition du savoir faire de produire des sous segments localement de la voiture mais toujours en termes de coûts comparatifs. Et comme à aime à le répéter le professeur Abderrahmane MEBTOUL, l’on revient à la ressource humaine, toujours à la ressource humaine, capital bien plus important que toutes les ressources en hydrocarbures.

Paris le 08 septembre 2009

Gilles BONAFI, Économiste Paris France, pour algerie-focus.com

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