L’attaque israélienne contre Gaza a pour premier but une épuration ethnique de la Palestine mais il s’agit aussi d’expérimenter, à travers cette offensive, des armes nouvelles développées par les États-Unis au cours des dernières années connues sous le nom DIME – pour Dense Inert Metal Explosive »

«Les fortes relations militaires israélo-américaines et la nature intrinsèquement belliqueuse d’Israël font que l’armée israélienne prend la tête de la mission de tests des nouvelles armes américaines dans des guerres réelles qu’elle déclenche pour servir les intérêts des Etats-Unis et ses intérêts personnels » explique M.. Mouin Rabbani, rédacteur en chef du « Middle East Report » à Washington dans une déclaration rapportée par l’agence « Inter Presse Service ».
Ces armes américaines fournies à Israël « ont fortement encouragé l’état hébreux à déclencher sa guerre contre Gaza. » explique t-il.

Le rapport « Initiative de paix et de sécurité » de la New America Foundation affirme pour sa part que «lorsque les forces israéliennes s’engagent dans des combats dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie, elles utilisent souvent des armes de conception américaine qui sont fabriquées soit aux États-Unis soit en Israël sous autorisation ».

Israël est autorisé à participer à plusieurs programmes de développement d’armes « ce qui signifie qu’en plus des armes qu’on lui fournies, Israël bénéficie aussi de l’accès à un énorme transfert de technologies militaires et a un accès direct à des programmes et des renseignements militaires ».

L’administration Bush a fourni à Israël des aides « sécuritaires » dépassant les 22 milliards de dollars au cours des 8 dernières années dont 19 milliards de dollars comme aides militaires.

En outre, les États-Unis ont signé des contrats de ventes d’armes d’une valeur de 22 milliards de dollars en 2008 seulement qui comprend l’accord de fournir à Israël 75 avions de guerre de type « F 35 « , et 9 avions de transport militaire, ainsi que 4 navires de guerre.

L’un des moyens pour financer l’industrie d’armement américaine et les dons militaires des USA à Israël est, selon M. Mouin Rabbani, de vendre des armes de même nature mais beaucoup moins efficaces aux pays arabes à des prix exorbitants .

Le député démocrate Dennis Cochin a envoyé, la semaine dernière, une lettre à la ministre américaine des affaires étrangères, Condoleezza Rice, lui rappelant que l’utilisation des armes américaines par Israël dans la Bande de Gaza, pourrait constituer une violation aux exigences de la loi de 1967 sur le contrôle des exportations.

En effet, la loi américaine précise que l’utilisation des armes américaines, sont limitées principalement à des fins de sécurité intérieure ou de légitime défense. Or les forces israéliennes ont utilisé des avions de guerre de type « F-16 » et des hélicoptères « Apache » américaines pour lancer des opérations comme celles qui ont tué 40 palestiniens réfugiés dans une école de l’Organisation des Nations Unies.

Et le député américain conclut qu’ « Israël n’est pas au-dessus du droit international et il doit-être jugé pour ce qu’il est en train de faire».

La population civile cobaye humain

Israël expérimente sur la population de Gaza de nouvelles armes chimiques allant du phosphore blanc en passant aux armes à énergie directe, ou aux agents chimiques et biologiques.

Ainsi, des nuages blancs, ressemblant à ceux dégagés par les bombes au phosphore blanc apparaissent sur les images retransmises par l’agence Ramattan.

Et le résultat : des corps dont les tissus sont nécrosés sans blessures apparentes ; des corps comme « momifiés » ; des blessés dont les jambes à moitié emportées continuent à se nécroser malgré l’amputation, et qui meurent ; des cas ont été décrits de blessures internes comme celles provoquées par une explosion, mais sans traces d’éclats ; ou bien de cadavres noircis alors qu’ils ne sont pas brûlés, ou d’autres qui avaient été apparemment blessés mais ne semblent pas avoir saigné…

Le chef des services d’urgences palestiniens à Gaza, le médecin Mouawiya Hassanein, a affirmé que les corps qui sont parvenus à l’hôpital al-Mashfa dans la nuit de Samedi et ce Dimanche, étaient atteintes de brûlures au troisième degré non-apparentes.

Selon un rapport d’experts militaires et médicaux cité par la télévision italienne Rai, les constations cliniques effectuées par des médecins de Gaza, indique clairement l’existence, parmi les blessés, de brûlures dues au phosphore : ils sont atteint d’éclats d’obus microscopiques, apparemment chargés de nouvelles substances chimiques qui ont le pouvoir de détruire le système immunitaire humain, causant la mort de tous les blessés de ce genre. D’où le risque de voir le bilan des morts s’alourdir même après un éventuel cessez-le-feu.

Selon le médecin Mouawiya, le phosphore blanc peut provoquer des brûlures de la peau et endommager le foie, le coeur ou les reins. Pis encore, dans une agglomération comme Gaza, l’effet est désastreux, car le phosphore blanc se propage dans l’air et cause des brûlures au troisième degré chez de nombreux civils.

Dans un communiqué, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a accusé l’armée d’occupation israélienne d’utiliser des munitions au phosphore blanc dans la bande de Gaza et a souligné le risque que cela représentait pour les civils proches des lieux de combat.

Source Al Jazeera

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Des médecins évoquent l’usage « d’un nouveau type d’arme » à Gaza

Des blessés d’un type nouveau – adultes et enfants dont les jambes ne sont plus que des trognons brûlés et sanguinolents – ont été montrés ces derniers jours par les télévisions arabes émettant de Gaza. Dimanche 11 janvier, ce sont deux médecins norvégiens, seuls occidentaux présents dans l’hôpital de la ville, qui en ont témoigné.

Les docteurs Mads Gilbert et Erik Fosse, qui interviennent dans la région depuis une vingtaine d’années avec l’organisation non gouvernementale (ONG) norvégienne Norwac, ont pu sortir du territoire la veille, avec quinze blessés graves, par la frontière avec l’Egypte. Non sans ultimes obstacles : « Il y a trois jours, notre convoi, pourtant mené par le Comité international de la Croix-Rouge, a dû rebrousser chemin avant d’arriver à Khan Younès, où des chars ont tiré pour nous stopper« , ont-ils dit aux journalistes présents à Al-Arish.

Deux jours plus tard, le convoi est passé, mais les médecins, et l’ambassadeur de Norvège venu les accueillir, furent bloqués toute la nuit « pour des raisons bureaucratiques » à l’intérieur du terminal frontalier égyptien de Rafah, entrouvert pour des missions sanitaires seulement. Cette nuit-là, des vitres et un plafond du terminal furent cassés par le souffle d’une des bombes lâchées à proximité.

« A 2 MÈTRES, LE CORPS EST COUPÉ EN DEUX; À 8 MÈTRES, LES JAMBES SONT COUPÉES, BRÛLÉES »

« A l’hôpital Al-Chifa, de Gaza, nous n’avons pas vu de brûlures au phosphore, ni de blessés par bombes à sous-munitions. Mais nous avons vu des victimes de ce que nous avons toutes les raisons de penser être le nouveau type d’armes, expérimenté par les militaires américains, connu sous l’acronyme DIME – pour Dense Inert Metal Explosive« , ont déclaré les médecins.

Petites boules de carbone contenant un alliage de tungstène, cobalt, nickel ou fer, elles ont un énorme pouvoir d’explosion, mais qui se dissipe à 10 mètres. « A 2 mètres, le corps est coupé en deux; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d’aiguilles. Nous n’avons pas vu les corps disséqués, mais nous avons vu beaucoup d’amputés. Il y a eu des cas semblables au Liban sud en 2006 et nous en avons vu à Gaza la même année, durant l’opération israélienne Pluie d’été. Des expériences sur des rats ont montré que ces particules qui restent dans le corps sont cancérigènes« , ont-ils expliqué.

Un médecin palestinien interrogé, dimanche, par Al-Jazira, a parlé de son impuissance dans ces cas : « Ils n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire. »
Selon la première équipe de médecins arabes autorisée à entrer dans le territoire, arrivée vendredi par le sud à l’hôpital de Khan Younès, celui-ci a accueilli « des dizaines » de cas de ce type.

Les médecins norvégiens, eux, se sont trouvés obligés, ont-ils dit, de témoigner de ce qu’ils ont vu, en l’absence à Gaza de tout autre représentant du « monde occidental » – médecin ou journaliste : « Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer 1,5 million de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ? »

Arrivés au quatrième jour de la guerre à l’hôpital Al-Chifa qu’ils ont connu avant et après le blocus, ils ont trouvé un bâtiment et de l’équipement « au bout du rouleau », un personnel déjà épuisé, des mourants partout. Le matériel qu’ils avaient préparé est resté bloqué au passage d’Erez.

« Quand cinquante blessés arrivent d’un coup aux urgences, le meilleur hôpital d’Oslo serait à la peine, racontent-ils. Ici, les bombes pouvaient tomber dix par minutes. Des vitres de l’hôpital ont été soufflées par la destruction de la mosquée voisine. Lors de certaines alertes, le personnel doit se réfugier dans les corridors. Leur courage est incroyable. Ils peuvent dormir deux à trois heures par jour. La plupart ont des victimes parmi leurs proches, ils entendent à la radio interne la litanie des nouveaux lieux attaqués, parfois là où se trouve leur famille, mais doivent rester travailler… Le matin de notre départ, en arrivant aux urgences, j ai demandé comment s’était passé la nuit. Une infirmière a souri. Et puis a fondu en larmes. »

A ce moment de son récit, la voix du docteur Gilbert vacille. « Vous voyez, se reprend-il en souriant calmement, moi aussi… »

Sophie Shihab
Source: Le Monde