L’humour au bout du crayon, Nechwa et Nawel le remettent au goût du jour.  Profitant du nouveau souffle donné à cet art par le festival international de la BD d’Alger, ces deux illustratrices commencent à avoir leur petit succès, notamment sur le web. La bd numérique est devenue une alternative à l’édition, où il est difficile de percer. Les jeunes bédéistes ont détourné le web pour en faire un espace artistique et de liberté d’expression. Parmi ces aficionados de la bulle, Nawel Laouerrad et Nechwa Djeghri  tentent de percer. Rencontres.

Nawel, l’obsession du dessin théâtralisé

«  Ce sont les mots qui m’inspirent, les conversations que j’entends lorsque je suis assise dans un café.» Pour une illustratrice c’est plutôt étonnant, et pourtant Nawel puise dans le quotidien et les sons de l’Algérie pour dessiner et scénariser des tranches de vie. Architecte de formation, la jeune femme de 31 ans, s’est vite tournée vers le dessin, le théâtre et enfin la BD, dans laquelle elle mélange tous ses talents. Elle a collaboré avec le magazine Bendir ou encore avec El Watan en tant que caricaturiste.  « Mais je vous préviens je suis apolitique, précise-t-elle,  je m’inspire plutôt du social.»

La société algérienne est d’ailleurs omniprésente sur son blog « Les vêpres algériennes »,  qu’elle appelle aussi sa « galerie intimiste».  Les vignettes en noir et blanc se succèdent, sans lien, la bande dessinée de Nawel est décousue, comme des saynètes.   Ses personnages sont à l’image de l’Algérie : brouillon, mais poétique, drôle mais cynique. Réel mais théâtral, encore. « L’ancrage à la réalité c’est très important. Je n’analyse pas les choses, je les dis ».

Des conflits internationaux aux conversations de café, tous les thèmes font couler l’encre de Nawel, qui travaille actuellement sur quelques projets personnels de bande dessinée, « mais je n’en parle pas trop, par superstition… »

Nechwa, l’Algérie en couleur !

Nechwa Djeghri, du haut de ses 25 ans,  a déjà illustré deux livres et se consacre désormais à la BD. Pur produit des Beaux-arts d’Alger, l’illustratrice est une véritable artiste qui ne cesse de reconstruire son univers. Pour le moment il sera coloré et caustique.

Ses crayons se laissent porter par le quotidien algérien,  auquel elle emprunte certaines situations : le mariage,  les études, les élections… En bref, la vie. L’essentiel est de « tout tourner à la dérision. Je ne veux pas faire de la caricature, je reste dans le dessin», précise Nechwa.

A l’instar d’autres dessinateurs tels que Pénélope Bagieu ou encore Paco, qui inspirent beaucoup Nechwa, son support principal reste internet. « Avec le web je suis indépendante, je n’ai pas à me tenir à un thème, admet-elle. Même si à terme j’aimerais me spécialiser et traiter des sujets plus féministes, la condition de la femme est importante pour moi.»

La jeune illustratrice a plein de projets en tête, et travaille actuellement autour d’un projet lié au cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Pour l’avenir, lorsque l’on lui demande ce qu’elle souhaite ? « J’espère ne jamais abandonner ! »

En savoir plus :

5e festival international de la Bande dessinée d’Alger du 6 au 13 octobre 2012

Site de Nawel Louerrad : http://nawel-louerrad.blogspot.fr/

Site de Nechwa Djeghri : http://nechwa.illustrateur.org/

 Amina Boumazza

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