Il y a des hommes qui marquent l’Histoire à jamais. Lorsque les gens partent, la mémoire a tendance a ne conserver que les meilleurs moments, comme dans les bons vieux film Hollywoodiens, sur un Happy End. Il y a 36 ans maintenant, s’éteignait l’une des plus grandes figures de la politique et du pouvoir algérien. En politique, il est  exclu de faire dans le sentiment. Il s’agit de juger les faits, actions et résultats. Non l’homme. Que retient-on de Houari Boumediene 36 ans plus tard ?

Lorsque l’on demande à quelques anciens de qualifier en un mot l’homme qui fut à la tête de l’Algérie durant leur jeunesse, les anciens d’aujourd’hui, jeunesse d’hier sous Boumediene, répondent d’une seule voix « la fermeté », avant de poursuivre « ça reste, tout de même, le meilleur président de l’Algérie ». Meilleur est un bien grand mot. Disons que parmi tous les chefs d’Etat que l’Algérie ait connu, son bilan n’est pas le pire. De sa prise de pouvoir en douceur, en passant par ses réformes, sa charte nationale, ses déclarations phares, petit retour sur le parcours de celui qui, à l’âge de 13 ans déjà, a été confronté aux événements sanglants du 8 mai 1945 à Sétif et Guelma, un moment clé dans son futur engagement, qui le marquera à vie et dont il dira plus tard : « Ce jour-là, j’ai vieilli prématurément. L’adolescent que j’étais est devenu un homme. Ce jour-là, le monde a basculé. Même les ancêtres ont bougé sous terre. Et les enfants ont compris qu’il faudrait se battre les armes à la main pour devenir des hommes libres. Personne ne peut oublier ce jour-là. »

En 1932, l’Algérie est encore française. Aïn Hassainia s’appelle alors Clauzel. C’est dans cette petite commune de la wilaya de Guelma comptant parmi les plus anciennes d’Algérie, que dans la chaleur d’un 23 août, Houari Boumediene, de son vrai nom Mohamed Ben Brahim Boukharouba, voit le jour au sein d’une famille de paysans berbère et pauvre du Constantinois.

Engagé politiquement depuis son plus jeune âge, et après être passé par les université de Tunis et du Caire, il poursuit sa formation politique au sein du « bureau du Maghreb arabe » qui échafaude une insurrection contre le système colonial français à l’échelle de toute l’Afrique du Nord. Sa formation politique devient également militaire. Membre du groupe des quinze étudiants envoyés en août 1953 par le bureau du Maghreb arabe suivre des séances d’instruction à l’école de guerre d’Alexandrie, il recevra ensuite un entraînement militaire dans un camp proche du Caire.

1965, prise du pouvoir

En 1955, Boumediene retourne en Algérie et intègre l’ALN (Armée de Libération Nationale). Rapidement, le natif de Guelma gravit les échelons du pouvoir. Alors Chef d’état-major de « l’armée des frontières » forte de 35 000 hommes, bien équipée et disciplinée, il devient, une fois l’indépendance acquise par l’Algérie, vice-président et ministre de la Défense du Conseil de la Révolution, présidée alors par Ben Bella. Ses conceptions politiques et sa vison du pouvoir divergent de ce dernier. Le 18 juin 1965, dans le dos de Ben Bella, alors en visite dans l’Oranais, le colonel Houari Boumédiène prépare son coup d’État, qui aura lieu le lendemain à Alger. Non loin de l’appartement du colonel Boumediene, se trouve la Villa Joly, où réside le chef de l’Etat, à proximité de la Villa Arthur habitée par Bouteflika. Non loin se trouve l’état major de l’ANP (armée nationale populaire), mis au parfum du déroulement de l’opération. Houari Boumédiène confie l’arrestation du président de la République au chef d’état-major de l’armée, le colonel Tahar Zbiri et la Sécurité militaire.

19 juin 1965. Le réveil du président est net et solennel : « Au nom du Conseil de la Révolution, j’ai l’ordre de vous arrêter sous l’inculpation de haute trahison. » Dans une voiture noire, le moteur tourne. Trois officiers encadrent le président. Il est sommé de monter à bord du véhicule. Les portes claquent. La voiture démarre vers une direction inconnue. Au quartier général de Boumediene, le téléphone sonne : « Mission accomplie » glisse le colonel Zbiri.Le 19 juin, le soleil se lève sur l’Algérie et avec elle, un nouveau président voit le jour. Boumediene justifie l’intervention du 19 juin en dénonçant « la mauvaise gestion du patrimoine national, la dilapidation des deniers publics, l’instabilité, la démagogie, l’anarchie, le mensonge et l »improvisation (qui) se sont imposés comme des procédés de gouvernement » sous son prédécesseur.

13 ans aux commandes de l’Etat algérien

Le règne de Boumediene sera marqué par le développement du modèle socialiste. Sur la base de ce modèle, il construit beaucoup d’usines et d’écoles. Et au grand dam de la France, le 24 février 1971, au nom du principe de la récupération des richesses nationales, il procède à la nationalisation des hydrocarbures. Les nouveaux membres du pouvoir sont favorables au non-alignement et à l’unité des pays arabes et africains.
La nationalisation est un des succès majeur de Boumediene, qui lui conférera d’ailleurs une importante dimension internationale. L’ex-militaire a en effet réussi là où l’Iranien Mossadegh avait échoué.

Acquis à la cause des mouvements de libération, le président algérien organise, au cours de l’année 1973, le sommet des non-alignés, auquel se joignent les plus grands dirigeants du Tiers-Monde.
Un an plus tard, toujours en soutien au mouvements de libération d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine, il organise, en véritable leader du Tiers-Monde, une réunion spéciale de l’Assemblée générale de l’ONU sur les matières premières. A cette occasion, il prononcera un discours exposant une doctrine économique, visant à mettre en place un nouvel ordre économique international plus juste pour les intérêts du Tiers-Monde.


BOUMEDIENE ( Discours à l’ O. N .U )

Une nouvelle politique pétrolière est adoptée en 1975 lors du sommet de l’OPEP accueilli par Boumediene. A la suite de ce sommet, il œuvrera pour la paix entre l’Iran du Chah et l’Irak de Saddam Hussein.

En Algérie, à l’été 1976,  une charte nationale est adoptée par référendum. Elle se compose d’un ensemble de textes et vise à réaffirmer la langue arabe comme étant non seulement la langue nationale et officielle du pays, mais aussi la langue que la nation s’efforcera de promouvoir dans le pays, dans un contexte où la question de l’identité kabyle est un facteur de tension avec les autorités nationales. La charte établit également la création du poste de président de la République soumis au suffrage universel et la constitution d’une Assemblée législative.

Une mort suspecte

On apprend au cours de l’année 1978 que le président Houari Boumediene souffre de la maladie de Waldenström, une maladie du sang, mais les circonstances qui conduiront à son décès le 27 décembre 1978 restent encore floues et entourées de mystères. Désormais, ses apparitions se font de plus en plus rares. Il partira se faire soigner en URSS du 29 septembre au 14 novembre 1978. Le diagnostic fera état d’une « hématurie avec tumeur maligne de la vessie ».  Son frère décide de lui rendre visite le 12 octobre, mais Boumédiène, exaspéré par le fait que ce voyage ait été financé avec de l’argent public, lui demande immédiatement de retenir la somme de son salaire de président. Il y a 36 ans jour pour jour, dans le creux de la nuit, à 4 heure du matin et avant de voir poindre à nouveau la lueur du soleil, Houari Boumediene rendit son dernier souffle à l’hôpital Mustapha Bacha d’Alger.

Selon l’ex-ministre des Affaires étrangères irakien Hamed Jabori, Boumediene aurait été empoisonné par les services irakiens avec du thallium. On retiendra de cette figure incontournable du pouvoir algérien ses engagements pour la libération de l’Algérie et des peuples du Tiers-Monde, sa politique intérieure de nationalisation et cette phrase lors d’un discours sur les travailleurs algériens partis émigrer en France, qui retentit encore aujourd’hui dans les mémoires des anciens : « Koulou Trab Bladkoum Ou’matrouhouch L’França !! » (« Mangez de votre terre ici en Algérie au lieu d’aller immigrer en France où vous êtes très mal traités)

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