L'ère de l'après pétrole Interview du Docteur Abderrahmane MEBTOUL Expert International – Économiste

Question 1 : que pensez vous du rapport du Ministère de l’Énergie et des Mines que l’Algérie a engrangé entre 2000/2008, =).350 milliards de dollars de recettes ?

Cela est du essentiellement au cours élevé du pétrole (le prix du gaz étant indexé) qui a connu durant cette période une ascension spectaculaire. Pour rappel le cours moyen en 2007 à été d’environ 80 dollars et le cours pour 2008 supérieur à 110 dollars, encore qu’il faille tenir compte de l’évolution du cours du dollar durant cette période . Cela explique également l’envolée de la dépense publique surtout entre 2006/2008 et il faut se poser la question s ‘il y a proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux

Question 2 : Et les exportations hors hydrocarbures en Algérie ?

IL faut rappeler au préalable que selon le dernier rapport de l’AIE d’août 2009, l’Algérie serait importatrice de pétrole dans 16 ans. Pour le premier Ministre Ahmed Ouyahia, c’est entre 25 et 30 ans. Or l’Algérie est indépendante depuis 47 ans et 16 ou 25 ans c’est demain et le problème essentiel que sera l’Algérie sans hydrocarbures renvoyant à votre question cruciale devant privilégier pour toute réponse que les intérêts supérieurs du pays. Cette durée de vie sera fonction à la fois des coûts et du vecteur prix lui même en concurrence avec d’autres sources d’énergie. Car malgré des discours depuis des décennies, les exportations hors hydrocarbures représentent moins de 2/3% du total des recettes en devises du pays. Comme il ne faut pas se faire d’illusions, la part de la valeur ajoutée telle que calculée par la comptabilité nationale classique de 50/55% hors hydrocarbures, la technique connue des économistes de la triangularisation montre clairement que plus de 80% comme le bâtiment, travaux publics, hydrauliques et d’autres secteurs sont eux mêmes irrigués par la dépense publique via les hydrocarbures restant aux créateurs de richesses , agriculture, industrie et services moins de 20% du total . Je reviens à la question précédente : que deviendront nos enfants sans hydrocarbures dans 20 ans ?

Question 3 -Que faire ?

Cela montre que la véritable clef du développement réside en la ressource humaine et toujours la ressource humaine, créatrice de valeur et non les emplois rentes. Pour preuve les exportations annuelles de l’Allemagne ont été supérieures à 1500 milliards de dollars uniquement pour l’année 2008 (soit plus de dix fois nos réserves de change cumulées sur plusieurs années) suivi de la Chine avec environ 1250 milliards de dollars. Les rapports du PNUD montrent clairement que les pays qui connaissent l’indice de développement humain (beaucoup plus fiable que le produit intérieur brut) les plus élevés n’ont pas de pétrole. Pour l’Algérie cela suppose une bonne gouvernance, la valorisation du savoir pilier du développement du XXIème siècle qui conditionnent la cohérence et la visibilité dans la démarche de toute politique socio-économique, évitant l’ instabilité juridique démobilisatrice pour tout investisseur. Car on ne doit pas oublier la structure oligopolistique du marché mondial ou pour ne citer qu’un exemple 10 constructeurs accaparent 80% du marché mondial de voitures. Comment pénétrer le marché mondial évitons de nous comparer à la Chine ou l’Inde eux mêmes un continent et un marché de plus d’un milliard de consommateurs, l’expérience de la Corée du Sud que certains responsables algériens invoquent souvent a correspondu à une certaine période historique d’Etats nations (avant l’avènement de l’OMC et des grandes mutations).

Des partenariats ciblés avec ceux qui ont le savoir faire et contrôlent ces marchés sont absolument nécessaires, se posant d’ailleurs l’urgence de l’intégration maghrébine en ce monde ou les micro- Etats ont de moins en moins de poids économique. Car la réalité est là : l’assainissement des entreprises publiques a coûté au trésor public plus de 40 milliards de dollars entre 1991/2008 revenus pour plus de 80% à la case de départ (donc ce n’est pas seulement une question de capital argent) et ce selon les données du Ministère de la promotion de l’investissement et que plus de 80% des entreprises privées sont de types familial sous forme de SARL n’ayant ni le management organisationnel et technologique. Alors que les exportations ors hydrocarbures supposent l’insertion dans le cadre des valeurs internationales selon le couple coûts compétitif /qualité.

Question 4- Les nouvelles dispositions de la loi de finances complémentaires ne devraient-elles pas favoriser la production hors hydrocarbures ?

Au préalable, il ne faut pas confondre l’Etat régulateur stratégique en économie de marché et le retour au tout État des années 1970 qui serait suicidaire pour le pays. Même la Chine et la Russie fondateurs du communisme ne vont pas dans ce sens. Je rappelle que les défenseurs de l’ouverture économique et contre le protectionnisme lors de la dernière réunion du G20 à Londres ont été notamment les pays émergents dont la Chine , l’Inde et le Brésil demandant la relance du cycle de Doha, reprochant aux pays développés les barrières à l’entrée. La raison essentielle est que ces pays, tout en privilégiant leurs intérêts propres, se sont adaptés intelligemment aux nouvelles mutations mondiales. Pour ce qui est de ces nouvelles dispositions, je vous avoue et je ne vais pas me contredire ayant eu à exposer mon point de vue dans la presse nationale, que ni le gouvernement, ni les experts ne peuvent vous donner une réponse définitive à votre question. Il faudra être pragmatique. Même le Ministre des Finances avoue récemment que si ces dispensations n’ont pas d’effets et bien on fera marche arrière. Une expérience de plus ?

Question 5: Face à cette situation, l’Algérie a-t-elle préparée les énergies alternatives dont le nucléaire et le solaire ?

Le prix de cession des hydrocarbures sera dans l’avenir essentiellement fonction de la nouvelle politique énergétique mondiale et notamment de la politique énergétique des Etats Unis d’Amérique et de l’Europe qui resteront encore pour longtemps la locomotive de l’économie mondiale , évitons l’utopie à court terme, la Chine n’ayant pour l’instant , malgré sa population dépassant le milliard, qu’un produit intérieur brut équivalent à celui de l’Allemagne et une demande solvable intérieure faible( les couches moyennes étant en formation). Nouvelle politique accélérée par la crise actuelle d’octobre 2008, qui se met certes lentement en place entre 2015/2020 préparant l’après hydrocarbures dont les réserves à rentabilité financière ne dépasseront pas 40/50 ans alors que les réserves de charbon le sont pour plus de 200 ans, en précisant que les USA détiennent des réserves de charbon le double en termes d’efficacité énergétique que toutes les réserves de l’Arabie Saoudite en hydrocarbures ( stocké donc pour des raisons stratégiques) et que la technique du recyclage du CO2 est mise au point par les scientifiques. Le nucléaire, selon les spécialistes, bien qu’en progression ne prendra pas une part importante dans la consommation énergétique mondiale pour différentes raisons. Aussi l’avenir appartient à la maîtrise du carbone et au solaire, car faisons confiance au génie humain. Si les hydrocarbures ont pris en valeur relative plus de place que le charbon ce n’est pas parce qu’il n’y avait pas de charbon. Le président Barack Obama dans son programme a débloqué plus de 200 milliards de dollars pour les énergies alternatives dont d’ailleurs son secrétaire d’Etat à l’Energie est le prix Nobel pour les énergies alternatives. Pour les Européens, le montant débloqué est équivalent parallèlement aux économies d’énergie sans parler du projet du grand Sahara initié par les Allemands de plus de 560 milliards de dollars US. Dans ce cas précis , certes l’Algérie a un avantage comparatif mais attention au chauvinisme, n’oublions pas que contrairement aux autres sources d’ énergie , le solaire est une énergie libre ( il suffit de capter la lumière et la stocker ) appartenant à toute l’humanité . D’où l’importance pour ce genre de projets d’une coopération internationale (et donc devant réactualiser le droit international) pour son utilisation à travers les interconnections. Certes le coût à court terme est élevé mais la production à grande échelle industrielle des panneaux solaires et de toutes les annexes peut conduire à un prix de cession compétitif d’autant plus que c’est une énergie illimitée et propre. Car l’actuel modèle de consommation énergétique risque de conduire à la destruction de la planète du fait des importantes émissions des effets de serre. La prochaine réunion de Copenhague le dernier trimestre 2009, dans le prolongement des Accords de Kyoto, surtout avec la nouvelle administration américaine acquises à ces idées, et sous réserve d’une entente surtout avec la Chine et l’Inde, devrait tracer le cadre futur conciliant le développement du Nord et du Sud solidaire et la protection de notre environnement.

NB- Interview réalisée par Ouarda AKTOUF le 15 août 2009
Invité du jour de Radio Algérie Internationale – diffusion le 15 août 2009