islem-islamisme02-full Aussi loin qu’on remonter dans dans le passé, le phénomène de l’islamisme a toujours déchainé les passions. Au niveau local, il sert d’arrangeur ou de soupape pour une population souvent désœuvrée, et mène à l’assouvissement des désirs de pouvoir. Extramuros, il est le monopole d’une certaine intelligentsia. Même si l’extrémisme n’est pas l’apanage des seuls religieux musulmans, les guerres idéologiques soumises aux moyens médiatiques et à l’argent servent généralement les intérêts des reconvertis marionnettistes, conservateurs d’un amalgame qui les serve, gardiens d’un équilibre dont eux seuls sortent gagnants et qui ne fait qu’enfoncer des populations musulmanes coincées entre deux feux. Controverses entretenues par une certaine presse, images détournées au profit d’audiences records par les télévisions étrangères, l’islamisme a toujours été un leitmotiv pour les partisans du choc des civilisations. Les algériens nous en parlent.

Rafik, infirmier:

Lorsque j’entends le mot « islamisme », pour être franc, je pense extrémisme, bien que je sais très bien qu’islamisme n’est pas automatiquement synonyme d’extrémisme. La raison en est simple: depuis un bon moment, les gens qui essayent de faire passer certains messages religieux, s’y prennent très mal. Ils sont pour la plupart trop rigides et n’ont malheureusement aucune ouverture d’esprit.
Résultat, non seulement le message ne passent pas, ou très peu, mais les manières utilisées créent des tensions. Comme avec les jeunes en Iran.

Louisa, employée de banque:

Il est très facile d’être berné dans ce domaine. Le sujet est très sensible, et si on ne le maitrise pas- et c’est le cas du plus grand monde- la manipulation devient une pratique aisée. Difficile de nos jours de discerner le vrai du faux, le juste de l’erroné. Et là, tout idée, conviction ou idéologie peut vite se transformer en extrémisme lorsque on y ajoute la manipule.

Lotfi, chauffeur de camion:

L’islamisme, je considère que je l’ai vécu, que nous l’avons tous vécu en tant qu’algériens. Décennie noire, l’état d’urgence dans lequel nous vivons encore. Chez nous, c’était directement lié à la politique. Les islamistes voulaient virer le régime de l’époque et instaurer une République islamique.

En Iran, l’islamisme l’a emporté par la révolution, la chah a été renversé. En Afghanistan, malgré une population acquise aux rites musulmans, les talibans ont voulu le pouvoir et tout fait pour le garder. L’islamisme et la politique ne sont jamais loin l’un de l’autre.

Raja, étudiante en biologie:

Il y a toujours des gens qui tirent les ficelles, qu’ils soient étrangers et locaux. Leu buts, une guerre idéologique vielle comme le monde qui vise d’anéantir l’idéologie arabo-musulmane et s’assurer la suprématie de l’axe judéo-chrétien d’un côté, intolérance et l’ignorance de l’autre.

Y a-t-il quelqu’un derrière?

Rafik, infirmier:

c’est une affaire de politique, de pouvoir et de richesse. Cela arrangerait-il les autres pays que l’Iran et l’Irak pour ne citer que ceux là, plus grande réserve de pétrole au monde soient des pays stables et souverains?? Il y a aussi les locaux. C’est vieux comme le monde, les musulmans ont eux aussi des désirs de pouvoirs à assouvir. L’islam peut parfois servir d’instrument pour déchainer les foules, car il est encré dans nos sociétés et constitue un facteur culturel commun.

Louisa, employée de banque:

Soif de pouvoir, rien de plus, rien de moins.
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Lotfi, chauffeur de camion:

Évidemment. Il y a des intérêts dans toutes les régions, de la France au Maghreb, des USA au moyen orient, de la chine à l’Afrique sub-saharienne, etc. Des démocraties stables partout n’arrangeraient pas tout le monde. Ça ouvrirait certains domaines stratégiques à la concurrence et mettrait en péril les alliances. Donc un peu de stabilité sert le business, mais trop de stabilité, le fausserait, ça le rendrait trop pur. Les grands pays malgré leurs leçons sur la démocratie et tout le reste ne sont pas au dessus de tout soupçons.

Raja, étudiante en biologie:

L’histoire se répète, Lawrence d’Arabie en version 2009. Comme on a tiré profit des déchirements qui ont eu lieu entre les tribus arabes au moyen orient, on tirera profit des déchirements qui ont lieu entre arabes, entre musulmans aujourd’hui. Vous ne voyez pas que tout le monde en joue ? C’est devenu une cible facile, un alibi.

Barack Obama a même démenti à la télévision une rumeur comme quoi il n’était musulman, comme si cela était un crime. J’ai vu des reportages à la télé qui étaient à côté de la plaque. 80% des informations données étaient fausses. Mais ce n’est pas grave, vu que les téléspectateurs ne le savent pas. L’essentiel n’est il pas de faire vendre, n’est ce pas ?

Cela peut il changer?

Rafik, infirmier:

Tout dépend des générations prochaines

Louisa, employée de banque:

Les jeunes générations sont beaucoup plus tolérantes. Elles sont plus ouvertes sur le monde grâce à internet, à la télévision et tant mieux. J’espère que ça servira à faire avancer les choses. Et qu’ils iront de l’avant.

Lotfi, chauffeur de camion:

Ça restera une lutte de tus les jours. Les étrangers tenteront coûte que coûte de garder leur suprématie sur nos régions, quitte à mettre nos pays à feu et à sang, comme en Irak. Quant aux islamistes, ils n’ont rien à gagner s’ils lâchent un créneau aussi vendeur.

Raja, étudiante en biologie:

Ce n’est pas juste une question de religion. C’est toute un grand chantier. Il faut que la politique suive.

Kh_louna

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